100pour100culture.com

No.41
aout 2010

Mode ivoirienne: 50 ans après…le réveil !

-

La mode ivoirienne est récente puisqu’elle n’a pas encore un siècle. En 50 ans d’histoire elle a connu beaucoup de péripéties à travers ces différents styles et les grands noms qui l’ont marqué. Aussi, s’est-elle distinguée par l’utilisation et la mise en valeur du pagne et du tissé avec en toile de fond un engouement certain des jeunes ivoiriens pour les styles proposés par leurs créateurs.

Peut-on aujourd’hui parler de mode ivoirienne sans pour autant admettre qu’elle a été beaucoup influencée par la mode occidentale? En effet, le rapprochement des peuples africains et occidentaux a beaucoup influencé la manière des africains de se vêtir. Ce qui fait dire aujourd’hui à de nombreux spécialistes qu’il n’existe pas de mode ivoirienne authentique, à cause de ces influences. La Côte d’Ivoire, pays à forte immigration est considérée à juste titre comme la capitale de la mode africaine. Pour les spécialistes, elle le doit à la réputation de ses animateurs dans le secteur.

Styles, époques et les grands noms…
L’histoire de la mode ivoirienne commence bien avant 1960, avec le retour au bercail de bon nombre de stylistes en formation en Europe. «Vieux» Bodo Emmanuel, Batné, Jean Kablan, Tidiane Traoré, sont les figures de proue de la mode ivoirienne à l’époque. A côté de ces « patriarches » figurent en bonne place Zadi Georges, Tempers et bien d’autres qui n’ont pas bénéficié de formation en Europe. Mais qui excellaient dans leur art. Les styles en vogue étaient les camisoles, les marinières, de jupes (midi : la limite entre le genou et le talon), longues et normales (à 5cm du genou), bustiers et vestes, des boubous, du Batakalys.

En 1970, entraient en scène des «smocks», c’est-à-dire les longues robes avec des fronces serrées à la taille. La différence entre cette période et maintenant, c’est que les filles pour s’habiller, se faisaient accompagner par leurs parents, fiancé ou mari. Il faut dire que les hommes, à ce époque contrairement à maintenant étaient très regardants et exigeants sur la tenue vestimentaire.
Le choix du tissu et du modèle étaient laissés à l’appréciation du styliste modéliste en harmonie avec le teint et la morphologie de la cliente. S’agissant des styles, c’était la vogue des pantalons twistes. Il faut signaler que la mode à l’époque rythmait avec la danse.
La veste était également présente en bonne place, ainsi que les chemises sahariennes. Outre les chemises cintrées assorties des pantalons, «baby checks» (gros bas), droits ou larges ou des pantalons taille hautes.

L’envol de la mode ivoirienne
Dans les années 1980, le styliste malien Chris Seydou s’installe à Abidjan. A Abidjan, il va apporter l’expérience des grands couturiers parisiens auprès desquels il a fait sa formation dans les années 70. C’est en moment qu’est né chez ces jeunes africains formés à l’école occidentale le désir de la mode proprement Africaine comme l’atteste « Revue Noire, spéciale mode » : «Avec la crise économique qui a frappé les pays africains, et, avec le phénomène international des jeunes stylistes, est né le désir de mode proprement africaine, lié à la fierté d’être Africain : affirmer son propre style avec ses propres textiles, artisanaux, modernes ou traditionnels».

C’est la période de mise en valeur de s motifs traditionnels africains. Et chaque styliste y va de son inspiration. Créant ainsi son propre style. Ivette Holland, Angybell, Pathé’O et bien autres styliste, tout travaillent sur le basic.

Ivette Holland étonne par son style singulier confectionne des parapluies et manteaux avec le pagne. Un style Coureges (un styliste français), très carré. Dans la place, l’on note la présence de Nathalie Konan, Chantal Ezan (Mme Doué Mathias), une spécialiste des coupes tailleurs, Saint Jo (débarqué de France en 1985, il venait d’achever une formation en stylisme) Michèle Yakice, et Loulou Gotry (rentré d’Italie dans les années 1990). Cette dernière a été la grande révélation du défilé à Abidjan avec Paco Rabane.

-

La génération Pathé’O, Angybell….
Les ciseaux d’or, un concours qui consacre le meilleur styliste modéliste de Côte d’Ivoire a été un l’élément moteur de la révélation de certains talents cachés.

« C’est à la faveur du ciseau d’or que certains stylistes modélistes tels Pathé’O et Nawal Assad, Mathilde Tiéné se sont révélés », affirme Tidiane Traoré. C’est la manifestation de la 2ème vague des stylistes modéliste composée de Pathé’O, Angybell, Ciss Saint Moïse... La particularité de ces derniers, c’est l’utilisation des produits locaux pour la confection des coupes universelles.

Vainqueur de la 1ère édition de Ciseaux d’or en 1988, Pathé’O est devenu aujourd’hui une référence en matière de mode africaine. Ses chemises pagnes très prisés à travers le monde, font la fierté de la mode Africaine. D’illustres personnalités comme Nelson Mandela porte fièrement ses chemises. D’ailleurs son style est aujourd’hui repris par de nombreux stylistes et modéliste. Et de nombreuses personnalités dont le président Laurent Gbagbo porte aujourd’hui des chemises pagne. Amenant ainsi de nombreux africains à être plus complexé devant le costume européen. Dans ce printemps vestimentaire, il faut le signaler, c’est engouffré de jeunes créateurs. Ce qui a favorisé l’éclosion de la mode en Côte d’Ivoire.

La mode a bénéficié, à cette époque, du soutien des médias dont «Femme d’Afrique » et certaines structures de textiles. C’était le grand boom, avec des tendances telles, «Jaune et le vert, Orange et bleu, Miss Jo». Les stylistes tout comme le public ont suivi parce qu’à l’époque, il fallait épouser la tendance pour prendre part aux différents défilés que cette structure organisait.

Gilles Touré, Ciss Saint Moïse, Nawal El Assad, Memel…
Dans les années 90 et jusqu’à maintenant Gilles Touré, Ciss Saint Moïse, Nawal El Assad, Memel crève l’écran. C’est la troisième génération. Ces jeunes stylistes et modélistes, continue de hisser haut le drapeau de la mode ivoirienne en particulier et en Afrique en général.

Très tôt, ces jeunes ont démontré leur génie créateur. Ils faufilent les aiguilles sur l’étoffe avec beaucoup de dextérité en y imprimant leurs sensibilités et une touche particulière qui les distinguent   et montrent leur savoir-faire. Depuis 2000, la Côte d’Ivoire enregistre la montée d’autres jeunes stylistes dont Anderson D, Habib Sangaré, Eloi Sessou, Céline Kobi, Nakidan, Patrick Asso…

Une diversification de style
Au vu des différentes créations et collections des animateurs du secteur, l’on s’aperçoit de l’ouverture des créateurs ivoiriens. Ce qui fait leur création sont accessibles et très prisées. Quelque soit le matériau ou produit utilisé, la coupe des ivoiriens répond également aux attentes du marché mondial. N’est ce pas que ces animateurs ont été formé dans le moule occidental. Que ce soient le boubou, le mougouba, le pagne, les robes les pantalons, les chemisiers, le tissé, etc. les stylistes ivoiriens bien que restant eux-mêmes savent diversifier leurs styles. Pour l’adapter au marché international. «En matière de création, les stylistes ivoiriens voire africains, n’ont rien envié à l’occident», affirme Gilles Touré.

Une production artisanale
Malgré leur talent, les créateurs de mode ivoirien sont victimes de leur outil de production trop artisanal encore pour conquérir le marché occidental. Après 50 ans, leur production reste encore tributaire de l’artisanat. A telle enseigne qu’aucun couturier de la place ne peut honorer une commande de près de 5000 chemises par exemple. Ce handicap, il faut le surmonter pour rivaliser avec les créateurs de l’accident. Avec l’absence d’usines de production, et le travail artisanat que mène au quotidien les stylistes, il est difficile voire impossible pour ceux-ci d’être diffusé à l’extérieur. Espérons que ces 50 ans d’indépendance annonce une ère nouvelle pour ce secteur qui a besoin de s’industrialiser comme bon nombre de secteurs de production en Afrique.