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No.41
aout 2010

Le concept du Coupé-Décalé
Une singularité contemporaine

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Le concept du Coupé-Décalé a pris forme à la fin des années 1990 en Afrique et dans le monde. Dans l'absolu, le Coupé-Décalé est parti de l'attitude de certaines personnes qui s'en donnaient à cœur joie à une forme d'escroquerie. Elle consiste notamment à couper ou escroquer, arnaquer et décaler ou filer à l'anglaise. Coupé-Décalé ou Couper-Décaler signifie littéralement dans le jargon ivoirien, voler et s'enfuir, arnaquer à l'étranger et s'enfuir chez soi ou arnaquer chez soi et s'enfuir à l'étranger.

Dans le fait du Coupé-Décalé, il n'y a pas une orientation directionnelle précise de lieux, ni de rôles à jouer de ces lieux. Le Coupé-Décalé comme fait social n'est pas une réalité exclusivement africaine ou ivoirienne. Cela peut signifier par exemple que l'escroc notoire Christophe Rocancourt qui arnaqua certaines célébrités aux États-Unis et qui vit aujourd'hui en France après avoir purgé sa peine était en son temps ou est un véritable coupeur-décaleur. Le principe du Coupé-Décalé part du fait de commettre des actes répréhensibles à un endroit précis et de partir vivre ailleurs, soit dans la même ville en changeant de quartier, soit dans le même pays en changeant de ville, soit sur le même continent en changeant de pays pour échapper à la justice ou à la vengeance des victimes.

En Côte d'Ivoire, dès le début des années 2000, le Coupé-Décalé fut assimilé aux comportements inhabituels de jeunes gens fortunés ou aux fortunes douteuses, dans les discothèques et autres lieux publics. Dans ces lieux fréquentés, ces jeunes dansent seuls sur la piste aux sons mixés des D.J vantant leur faits et gestes ou évaluant de façon puérile la qualité de leurs vêtements et de leurs biens. Il est évident qu'à partir du moment ou un individu à l'instar du célèbre Doukouré Stéphane dit Douk Saga (soupçonné également d'escroquerie) danse seul, mais en tous les cas, danse et distribue ou jette des billets de banque à la face du public sous l'œil et le doigté de DJ complices, l'on a vite fait d'assimiler le Coupé-Décalé à la danse.

Au fur et à mesure de son évolution et de sa récupération par les Discs-Jockeys le Coupé-Décalé apparaît aux yeux de tous comme une musique ou une sorte d'arrangement sonore qui comporte ses propres pas de danse et ses gestuelles spécifiques et précises. Il est question pour nous d'analyser globalement cette forme de création, cette forme musicale dite des D.J et de situer les réels champs et différents objets qui lui donnent de la contenance, de la visibilité, dans le temps et l'espace ou dans son temps et dans son espace.

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Un contexte propice
A la fin des années 1950 et dès le début des années 1960, après le Rock-and-Roll et la Pop Music, il y a un regain de ferveur et d'énergie dans les sonorités dites brutales et sèches. D'un côté, nous avons avec James Brown une prédominance du rythme dans les musiques soul et funk. De l'autre, le monde connaît la montée fulgurante en solo des Discs-Jockeys et des Maitres de Cérémonies, etc., avec une pointe en 1970 et en 1980 avec le rap des gangs des ghettos afro-américains, qui voit l'apparition des groupes comme The Last Poet, The Watts Prophets, Gil Scott Heron. Kool D.J Herc fait son entrée dans le Hip-Hop. D'autres groupes comme Fatback Band, Sugarhill Gang, Public Enemy, Run Dmc, vulgarisent le mouvement du rap à proprement dit ; le métal, la fusion en sont les variantes, jusqu'aux dernières mouvances dites du break, du smurf, du raggamuffin et aux séquences rendues musicales du slam poetry, puis vient la dernière vague avec Dr Dre, 2Pac, Snoop Doggy Dog, NTM, etc. Dans les mêmes périodes, il est également manifeste la musique électronique, électroacoustique et expérimentale. C'est dans une véritable révolution sonore et avec une certaine légitimité acquise depuis la seconde moitié du 20e siècle que des personnes commises pour sélectionner et présenter un programme musical en discothèque et/ou en soirée s'aventurent au-delà de leur vocation première de production et de diffusion en mode non-stop et continuel de disques avec des transitions discrètes entre les morceaux pour faire de la création musicale pour la création musicale, peut-on dire. Ces dernières années, par exemple, en Europe, nous constatons une montée en puissance des D.J dans de nombreux secteurs comme le raggae - la house et la trance ; la techno, l'electro, la progressive, le garage, la makina - le hip hop, le funk, le ragga - et le mashup.

Au niveau des DJ raggae nous avons King Stitt, U Roy, Dennis Alcapone, Big Youth, Prince Far I, Dillinger, I Roy, Clint Eastwoood (à ne pas confondre avec l'acteur), etc. Au niveau de la house et la trance nous pouvons citer Franky Knuckles, Martin Solveig, Alex Godino, Antoine Clamaran, Axwell, Bob Sinclair, David Guetta, Paperboy, Fatboy Slim, Freemasons, Mylo, John Louly, etc. Au niveau de la techno, de l'electro, de la progressive, du garage, du makina nous avons Angerfist, Arno Cost, Basshunter, Larry Levan, Dave Clarke, Carl Cox, Coldcut, Jeff Mills, Benny Benassi, Laurent Garnier, Manu le Malin, Manian, Miss Kittin, Paul Oakenfold, Boys Noize, etc. Au niveau du hip hop, du funk, du ragga nous pouvons citer, Afrika Bambaataa, Cut Killer, Birdy Nam Nam, C2C, Dee Nasty, D.J Abdel, D.J Krush, D.J Kalhed, Daddy K, D.J Pone, J Dilla, D.J Premier, D.J Shadow, Grandmaster Flash, The Alchemist, Mix Master Mike etc. Au niveau du mashup nous citerons D.J Zebra, 2 Many D.J's, etc.

Ces D.J notables parmi tant d'autres, se sont accaparés le domaine de la création en s'aventurant de façon heureuse dans la conception d'effets musicaux et de rythmes dansant en manipulant des sons enregistrés aidés de boites à Rythme (beat box, drum machine), à cela ils ajouteront leur voix. L'on peut parler de création, l'on peut même parler de création musicale et celle du D.J est manifeste dans la mesure où il n'est plus question de positionner seulement sur une platine une suite musicale Ready-Made. Le D.J devient le créateur qui va apporter le coefficient d'art performatif dans une disposition inédite, inattendue, improvisée, parfois d'un trait de génie, d'autres fois de manière autistique.

Le D.J est reconnu comme un musicien à part entière dans la mesure où l'on peut penser que le fait de modifier ou de superposer plusieurs musiques, voire d'utiliser des équipements spéciaux ou des ordinateurs pour refondre entièrement un morceau utilisé peut être aussi une preuve de créativité et d'inventivité. La question qui se pose est de savoir si les D.J ont une réelle culture musicale ? Chose peu évidente dans la mesure où certains D.J semble avoir appris leur métier sur le tas et de façon autodidacte. Mais doit-on apprendre la musique pour être un musicien ? La musique contemporaine à laquelle le métier du D.J peut être associé, nécessite-t-elle un apprentissage conséquent ? Tout n'est-il pas permis ? Le D.J fait-il d'ailleurs de la musique ? En vérité ne s'agit-il pas seulement de son ? Faire du son n'est pas synonyme de faire de la musique. Même si la musique contemporaine est ouverte à tous les vents, à toutes les orientations possibles, mêmes les plus inattendues, les plus saugrenues au point ou l'on peut faire de la musique en faisant de la non-musique et vice versa. Il est à noter que de nombreux D.J manquent d'une réelle culture musicale au sens classique du terme. Connaître des musiques, connaître des disques, connaître des spécificités musicales ne signifie pas que l'on connaisse la musique et que l'on possède l'oreille musicale. En guise de comparaison, tout comme en peinture, l'on indexera des peintres naïfs, en musique l'on pourrait désigner l'action de musiciens naïfs, voire ignorants.

En Côte d'Ivoire les D.J précurseurs de la mouvance du Coupé-Décalé, à l'instar de D.J Jacob, D.J Arafat, D.J Caloudji, D.J Lewis, D.J Allan, D.J Gaoussou, Shanaka Yakusa, Mareshal D.J, Christina D.J, D.J Roi Lion, D.J String, D.J Ressource, D.J Mix, D.J TV3, D.J Zidane, Elloh D.J, D.J Rodrigue, D.J Hervé Denom, etc., n'empruntent pas techniquement d'autres chemins dans la manipulation des solutions sonores, ils se démarquent cependant des autres par des sonorités chaudes dites du terroirs ou essentiellement africaines avec en filigrane l'affichage de thématiques indexant des maux locaux, la société de consommation africaine et des réalités communes tropicalisées (la vie quotidienne, l'amour, le sexe, la misère, la guerre, etc.).

Le fait majeur rapidement notable est que les sensibilités musicales contemporaines africaines dans lesquelles l'on peut ranger le Coupé-Décalé, connaissent un fracassant bouleversement avec cette sorte de musique qui ne semble plus être une musique normale ou sérieuse, à croire même qu'elle est de la non-musique, du son ou du bruit. Le phénomène est d'autant plus symptomatique d'un vide musical, même si paradoxalement ce vide musical-là fait danser et que ceux qui en majorité font et manipulent ces sons-là semblent n'avoir (l'avons-nous déjà mentionné) aucun précédent musical ou en donnent en tous les cas l'impression. De toute évidence, ce qui semble être privilégié, c'est l'ambiance provoquée, la convivialité créée sans nécessairement chercher à comprendre quoi que ce soit ou à saisir aucun contenu évocateur, philosophique, profond, dans le fond. En Côte d'ivoire, la première impression est que les D.J ivoiriens chantent presque tous faux quand ils s'aventurent au chant. Ils font des associations sonores par trop faciles, abruptes, voire simplistes, minimalistes, alambiqués et parfois malheureuses. De fait, nombreux sont les D.J du Coupé-Décalé qui n'écrivent pas leurs compositions (peuvent-ils d'ailleurs écrire une composition ?) avant d'entrer en studio. Ils improvisent in-situ pourvu que l'arrangeur organise sur la piste un fond sonore sur lequel ils peuvent asseoir leur voix. Les rares mélodies et expressions véhiculées chez les uns se retrouvent être des mélodies passe-partout, rapidement « chipés » et véhiculées chez tous, dans une absence convenue de droit d'auteur, de revendication à l'originalité d'un trait, d'une marque déposée. D'Abidjan à Lomé, de Cotonou à Ouagadougou, de Guadeloupe à Antananarive, de Paris à Yaoundé, de Bamako à Brazzaville ou Conakry, etc., les D.J ivoiriens utilisent à saturation sans grand apport personnel un « flow » de paroles légères, de phraséologies confuses ou de tchatches, dans des langues étrangères comme le Lingala (D.J Arafat), le chinois (Douk Saga – qui n'était pas D.J) dont ils n'ont aucune connaissance. L'on ne peut occulter non plus qu'une grande partie des propos débités par les D.J sur leurs volumes sont des séances ininterrompues de dédicaces (atalakou) exprimés à des bienfaiteurs, à des politiciens généreux ou placés sous le feu de l'actualité, à des personnalités sportives diverses. Quand ils emploient des mots porteurs de sens, les coupeurs-décaleurs font essentiellement l'apologie d'une vie de noceurs invétérés ou de véritables victimes de la mode. Le Coupé-Décalé peut s'apparenter à un effet musical d'adolescents sans perspectives réelles et d'un rien frimeurs avec des vêtements de fin de saison ou de contrefaçon. Le spectacle est d'un pittoresque à la vue de jeunes africains imitant le chimpanzé et la mesure d'une certaine déculturation profonde, d'une déshumanisation ou d'une descente à l'origine de l'homme ou des choses. L'homme imite la bête (?) ou se prend pour elle. Y a-t-il un malaise dans la société et le Coupé-Décalé en est-il la face émergée ?

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De nouveaux codes de perceptions
Le Coupé-Décalé nous oblige, de fait, à lire et à écouter la musique différemment avec d'autres codes, d'autres postures, d'autres dispositions mentales. Même si par moment le Coupé-Décalé nous choque, il faut nous éduquer à la compréhension, à la perception de cette forme qui nous vient avec ses propres outils de visibilité, d'audibilité, d'auditivité et de mesure, en occultant un maximum d'acquis, de freins, de clés, de blocages mentales, de normes et de règles de pré-définition qui peuvent être pour nous autant d'éléments d'une suffisance dans notre jugement, en définitif. Pour comprendre cette forme de musique décalée, il faut délier toutes les chaînes en commençant par les « chaînes » psychiques. L'on est obligé de remettre à plat de nombreux paramètres et de tenir compte des réalités d'aujourd'hui, les paramètres dites contemporaines, les paramètres non fixes et en perpétuelle évolutions, les paramètres d'immanence et d'imminence qui font qu'en art en général, que l'on soit en arts plastiques, en musique, en danse, dans le théâtre, dans le cinéma, etc. l'on peut faire et l'on doit faire de l'art sans respecter nécessairement aucun ordre, ni aucun code de fonctionnalité culturelle, ni des codes d'objectivation des métiers indexés et des formes originelles (seulement originelles) voire même de définition ou de reconnaissance des formes dans leurs essences dites spécifiques. Toutes choses qui font que si l'on s'entendait à reconnaître un type d'art donné par son principe de causalité minimale et temporelle, l'on peut affirmer qu'un principe d'objectivation temporelle n'est ni une valeur fixative définitive ni un dogme. Qui aurait autrement conçu ce(s) dogme(s) et quelle en serait la hiérarchie d'entre les différentes facettes musicales déjà existantes. A juste cause illustrative, la musique est encore définie comme l'art de produire des sons, l'art de combiner des sons d'après des règles variables selon les lieux et les époques, l'art d'organiser une durée avec des éléments sonores. La question est de savoir si le Coupé-Décalé peut s'ériger d'abord comme un art, ensuite comme un art musical et si en tant que tel il combine a minima des sons d'après des règles (qui font bouger, qui font danser ou passer d'agréables moments sonores) ? Le Coupé-Décalé répond-t-il positivement également aux exigences de lieux et d'époques ? Quelle est la cause première de la musique ? Le Coupé-Décalé n'est peut-être pas la musique même ou la musique type dans la stricte mesure où il n'existe pas une musique même, une musique type, un art même. Il n'existe pas une musique type qui serait la manifestation la plus aboutie des musiques des mondes et qui s'érigerait comme l'unique unité de mesure des formes musicales plus ou moins abouties. Quelle est donc cette forme musicale considérée en tous temps comme la plus aboutie au monde ? En réalité il n'en existe pas qu'une seule. En leur temps et dans leur genre particulier, différentes compositions musicales ont pu être ou peuvent être considérées par rapport à des canons temporels comme très abouties sans occulter nullement l'intérêt ou la valeur inhérente à d'autres formes musicales classées ou non classées, originales ou non originales. Nous pouvons citer quelques formes dites principales de la musique : antienne, ariette, arioso, ballade, ballet, cantate, chaconne, chanson, chœur, choral, concerto, divertissement, études, fantaisie, fugue, impromptu, intermède, lied madrigal, mélodie, menuet, messe, motet, opéra, opérette, oratorio, poème symphonique, quatuor, rhapsodie, requiem, romance, rondo, sérénade, sonate, sonatine, suite symphonie, trio, variation etc., cela n'écorche pas la singularité du Coupé-Décalé, bien au contraire, cette forme peut revendiquer certaines normes ci-dessus citées comme la chanson, le chœur, la chorale, le divertissement, la fantaisie, l'étude, l'impromptue, l'intermède, la mélodie, la variation etc.

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Une hybridation musicale de dépassement
Dans son genre, que l'on le soumette à la musique d'ambiance, à la world Music, etc. ou pas, le Coupé-Décalé ne répond pas au code d'une esthétique monotone, il est varié, il est composé de plus de soixante-dix concepts dont : Décalé chinois, Décalé python, Décalé allemand, Pédalement / pédalé / petit vélo, Wanchonken, Équilibré, S'envoler / s'envolement, Prudencia, Caméra, Sentiment moko, Konami, Faro / boucan, Mastiboulance, Travaillement, Fouka fouka, Vounga-vounga, Drogbacité, Décalé wolof, Guantanamo, stylmoulance, Passement de jambes, Pistolero, danse de la moto / Motobengue / Marteliers, Décalé aladji, Grippe aviaire, Wolosso, Sheloukouta, Colgata, Gninguin gninguin / petit bisou, Wara Dance (Ouarla Dance), Agrimoteur, Pointinini, Chaussure qui parle, Ramer Ramer, Seka Seka, Alzeihmer, Fatigué fatigué, Danse de la moto, Tchoucou tchoucou, Bobaraba, Glissement Yobi Yobi, Cruza-cruza, Tohu Bohu, Techto-Décalé, Kpangor, Aile de pigeon, Omayou Omada, Debout debout, Flatero, Shamakuana, Samayoko / Lapiou, Ventripotent, Avoumbadjadja, Adrenaline, Obama, Chékélé Sholamania, Sans Guébé, Lebede, élément de mon corps, Ja-Ja-Ja, Prospero, Monsieur Madame Devant, Tchoumakaya, Assikimoul, 25 25 Arachide, Vouman Tchabol, Bouda. Le Coupé-Décalé est un genre musical au nombre des musiques du monde aux essences africaines l'avons-nous signifié, il tire certes ses sources des réalités dites africaines, mais sans exclusives. Il allie également les formes occidentales de productions, de programmation et d'arrangement assisté electroniquement ou techniquement à travers des boites à rythme au détriment de véritables orchestres. Le Coupé-Décalé n'est pas une musique ethnique africaine, ni une musique occidentale. Il faut situer ou ré-situer le Coupé-Décalé dans son contexte, de façon à ce que même si l'on estime qu'il est du bruit, il ne peut plus être perçu comme un bruit ordinaire, il n'est même plus un bruit. Si nous devions situer le sens du bruit en rapport au Coupé-Décalé, ce dernier devient alors un bruit savant, un bruit très organisé, un bruit arrangé, qui de plus est reconnu et possède comme toutes les autres concepts musicaux du monde ses adeptes repartis sur l'ensemble de la terre. Le Coupé-Décalé est plutôt une musique qui fait du bruit et dans lequel arrangeurs et compositeurs peuvent comme partout ailleurs en arriver également à produire des formes de répétition, des langages peu claires, peu orthodoxes, qui n'évoquent aucune base claire et franche, aux souches méconnaissables ou hybrides, mais de dépassement. Le caractère de forme-langage de dépassement qui en principe aurait pu l'identifier comme une originalité en soi, comporte une ambivalence qui est celle de ne lui conférer aucun lien solide au point de l'entraîner vers le bruit objectiver. Mais, alors il s'agira seulement de bruit comme l'on qualifiait certaines formes de non-art, de n'importe quoi jusqu'au jour de leur pleine considération, reconnaissance et intégrations aux valeurs scientifiques et historiques majeures. Le Coupé-Décalé ne saurait plus être une musiquette, ni une « musique » bâtarde dans la mesure où, tout comme le disco, le rock, la pop, la soul, le funky, le raï, le rap, etc., sont redevables aux jazz, le Coupé-Décalé doit au jazz. Le Coupé-Décalé est une musique aux essences plurielles et de compositions. Le Coupé-Décalé est directement redevable également à l'Afrobeat, au High-life, au Makossa, au Zaïko Langa Langa et aux traditions folkloriques africaines dans leur ensemble.

Il faut remettre le Coupé-Décalé ou ce qu'il en est dans le temps d'une histoire singulière de la musique universelle en train de se faire et/ou de se dessiner. Peut être n'avons-nous pas suffisamment de recule pour percevoir tous ses contours ? Il faut éviter toutes sautes d'humeur et condamnations hâtives et définitives au moment même où les passions semblent retomber sur cette création. Les impuretés possibles s'extirperont naturellement pour une sorte de purification ou d'auto purification. Lentement et sûrement comme toute forme vivante elle arrivera à sa plénitude formelle si elle n'y est déjà et in fine mourra de sa plus belle mort pour laisser place à d'autres formes, à d'autres phénomènes.