Chronique musicale :
La musicologie souffre de son historique xénephobie
Par Eric Tape Daleba
- Réalisé à Strassbourg
Si l’objectif de toute musique est de stimuler, de donner de l’émotion et de toucher la sensibilité de l’auditeur, alors tout acteur de l’activité musicale; qu’il soit amateur ou professionnel, mélomane, compositeur, ethnomusicologue ou musicologue, devrait converger vers un point commun: la musique. La musique, comme nous pouvons le constater, est un mot remplit de symbolique et de réalité, chaque jour actualisée et qui est capable, si l’on parvient à en creuser le sens, de tirer la musicologie de sa peur à l’égard des autres musiques.
La musicologie est une discipline scientifique qui étudie les phénomènes en relation avec la musique, dans leur essence (sémiologie musicale, analyse, théorie), leur évolution (histoire des idées et des théories musicales) et dans leur rapport avec l'être humain et la société, domaines plus particulièrement abordés par ethno musicologie et la sociologie de la musique.
Cette séparation des champs disciplinaires et de recherche que connaissent la musicologie et l’ethnomusicologie est plus profonde qu’elle paraît. La musicologie à ses origines, compare les musiques quelle connaît et déclasse les autres phénomènes sonores, inqualifiables, qui utilisent des instruments et des échelles différents. Taxé à tort de musique tribale, archaïque et souvent même sauvage, des musiques sont amarrées à l’ethnomusicologie qui se lance dans la recherche des sauvegardes identitaires et se bat pour repositionner ses musiques ‘’extra- occidentales’’.
Le diagnostique est ainsi posé. Voilà le fond d’un problème, qui a plus que perduré, et qui gagnerait à être reconsidéré, analysé et solutionné. La musicologie a toujours eu cette peur de l’étranger ou de l’étrange, que nous qualifions de xénophobie. Elle est pour nous une sorte de psychopathologie prenant source dans l’immense caverne des phobos où l’être ressent une crainte, une menace extérieur et éprouve le besoin de s’en protéger, et libère au même moment, la monter émotive d’un sentiment de peur, qui le conduit inéluctablement vers une souffrance psychique.
L’étranger est différent de nous, il évolue dans une sphère spatiale que nous ne maîtrisons pas bien souvent, mais que nous pouvons percevoir et interpréter. La peur de l’étrange c’est également une peur de soi. Un protectorat, une sorte de balise qui semble être nécessaire contre toute tentative de l’autre, mais qui en définitive, est établie contre soi-même. L’autre étant conscient de cette différence, est en soi un soi, un être.
La xénophobie de notre musicologie est une psychopathologie qui a donc besoin d’un traitement adapté qui doit tenir compte du sujet ‘’musique de l’autre’’ et de son environnement. Aussi, la réconciliation avec soi-même et son histoire s’avère être la source de la guérison. Action énergique, traitement curatif! Le patient-musicologue devrait pouvoir prendre conscience de sa névrose, l’origine du gène malade se trouvant en lui. C’est l’histoire de la musicologie ou du moins les faiseurs de son histoire, qui font problème. Comparer les musiques entre elles n’a jamais servit à autre chose qu’a opposer des musiques de manière géographique. La quête de la spécificité, la quête identitaire n’est pas la question qu’il faudrait se poser en tant chercheur, mais plutôt le discours sur le processus d’identification de nos cultures musicales pour ce qu’elles sont, et rien de plus.
La musique nous réconcilie avec notre être, et le seul remède pour la musicologie, ou du moins pour certains musicologues, c’est de faire fis de toute tentation qui consiste en la lecture et en l’analyse de la musique des autres par le truchement de vocodeur inadapté et qui répondrait à la logique de ‘’leur’’ musique propre.
Nous devons tout simplement considérer la Musique avec un grand ‘’M’’, c'est-à-dire comme un phénomène sonore, qui remplis l’histoire de la mémoire musicale des peuples, transmis par le canal d’une tradition, enraciné dans une culture et qui a le pouvoir de susciter en nous des émotions, et de produire sur nous, des comportements observables. Le centre du débat réside dans ce que la xénophobie apparaît et relève d’un désordre psychique, j’allais même dire une anarchie socialisé. On cherche à construire en opposant l’autre à soi, en l’oppressant, en lui imposant une domination. Toutes ces machinations resurgissent toujours à la surface de l’histoire avec leurs corolaires de révères pernicieux qui nous menace également. Puisque les autres, c’est nous.
Réconcilions nous donc avec notre histoire, en préfèrent l’identification à la quête identitaire qui n’a rien donné, à part des cloisonnements et des oppositions inutiles. Prenons conscience une fois pour toute, que nous avons des identités diversifiés et multiples, mais une origine historique commune. Que le musicologue, comme l’ethnomusicologue, contribuent efficacement à la compréhension de la musique des sociétés. Et qu’il ne devrait être marqué aucune différence fondamentale entre ces deux recherches qui tirent leur source de la qualité du fait musical. Soyons attaché au fait, soyons attaché au phénomène sonore, soyons attaché à la musique. Car c’est là, que le monde nous attend, et non dans les divergences stériles et inopportunes.
La peur de l’autre nous fait perdre de vue les questions essentielles de nos existences déchirées. Nos objectifs s’en voient désaxés et désorientés. Revenons à l’évidence et faisons avancer la Musicologie quelque soit le système scalaire utilisé, quelque soit l’instrument pratiqué, ou encore quelque soit l’idéologie développée par telle ou telle autre musique. Nous voulons dire à l’unisson de nos convictions et en tutti pour marquer la Coda:«musicologues, ouvrons notre cœur à la Musicologie, et non à la logique de notre musique propre».





