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No.41
aout 2010

Mahi Binebine: L’écrivain de l’effort humain

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On dit de lui qu'il écrit comme il peint. Mais surtout avec sobriété et gravité. Mahi Binebine car c'est de lui qu'il s'agit est peintre et écrivain. Depuis une vingtaine d'années, il partage son temps entre la France, le Maroc et les Etats-Unis. Un perpétuel voyage qui se trouve être une source d'inspiration pour lui. Les faits parlent d'eux même si l'on se réfère à un pan du palmarès de celui à qui 100% culture à bien voulu rendre hommage dans sa section Maghrébine d'août 2010.

Notons que son premier roman, «Le Sommeil de l'esclave» a obtenu le prix Méditerranée en 1992 et que ses trois derniers ouvrages, ''Cannibales'' (1999), 'Pollens' (2001, Prix de l'Amitié Franco-Arabe) et 'Terre d'ombre brûlée' (2004) sont parus chez Fayard et ont été traduits en plusieurs langues.

Disons le tout clairement, Mahi Binebine est à travers son écriture d'une douceur paradoxale lorsqu'il met en exergue l'effort humain. Cet effort terrible et ardu qui permet à l'humain d'exister, de survivre mais surtout d'aimer. Cette assertion se matérialise surtout á travers ” Cannibales' ” une de ses œuvres parue en 2005, l 'histoire est brutale tout en étant, hélas, banale

À travers une performance littéraire Mahi présente, une dizaine de personnages dont une femme et un bébé en quête d'une vie meilleure. Ils tentent, au risque de leur vie – une vie dont personne ne se soucie –, la traversée du détroit de Gibraltar pour mettre les pieds sur le sol de cette Europe dont ils voient, à partir de Tanger, les lumières clignoter, comme si ce vague scintillement était un appel, signe de la dernière chance. Comment écrire cette désespérance?

Une nuit, près de Tanger, une petite troupe attend le moment opportun pour embarquer avec un passeur: Azzouz, le narrateur, et son cousin Réda, une jeune femme et son bébé, un Algérien rescapé d’une tuerie, Youssef et deux Maliens. Tous unis par la force obstinée d’une même quête: extorquer au destin une vie nouvelle, une deuxième chance.
Une attente ponctuée de retours en arrière, de récits d’épisodes vécus par les uns et les autres, de portraits et de silhouettes pathétiques : Morad, le « rabatteur » a vécu longtemps en France et se glorifie de son titre d’« Expulsé européen » ; la jeune femme veut rejoindre son mari qui travaille en France et ne donne plus de nouvelles. Azzouz, lui, a bénéficié d’un enseignement classique grâce à des religieuses, mais la mort de sa protectrice a brisé net ses élans ; quant à son cousin Réda, il a réussi à s’enfuir de l’organisation de mendiants dans laquelle il avait été recruté et où son frère manchot a préféré rester.

Dans ce récit où s’entremêlent tendresse, humour et cruauté, se dessine le destin tragique d’une humanité cannibalisée. Mahi Binebine, qui est un grand peintre (le musée Guggenheim de New York vient d'acquérir quelques-unes de ses œuvres) n'insiste pas, il choisit l'ellipse et les mots justes. Comme dans ses toiles, on devine les personnages, ce sont des ombres que le lecteur habille de ses propres émotions. Cannibales n'est pas un roman qui vous fera rêver ; au contraire, il vous parlera simplement de la souffrance sans jamais tomber dans la sensiblerie. " Tahar Ben Jelloun, Le Monde. Déjà traduit dans de nombreux pays, Cannibales vient d'être publié aux États-Unis.

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Mahi Binebine est né en 1959 à Marrakech, Maroc. Apres avoir fait ses études à Paris à partir des année 80 il y enseigne les mathématiques pendant huit ans. Parallèlement, il peint. Après quelques expositions, il publie plusieurs romans traduits dans différentes langues. En 1994, il s’installe à New York. Mahi Binebine est à la fois un peintre reconnu, le Musée Guggenheim de New York vient d'acquérir quelques-unes de ses œuvres et un auteur prometteur de la jeune littérature marocaine de la diaspora. En 1999, il est de retour à Paris. En 2002 avant de s'établir à Marrakech où il collabore avec le peintre Miguel Garanda.