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No.40
juillet 2010

Hanny Tchelley (réalisatrice «Un homme, une vision»): «La démarche du film a été compris»

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«Un homme, une vision» est un film documentaire sur la vie et le parcours politique du président de la République de Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo réalisé par Hanny Tchelley. Dans cet entretien, elle parle de sa démarche, de l’objectif de ce film, dénonce la piraterie et soutien que «les africains doivent honorer leurs icônes».

En votre qualité de réalisatrice du film documentaire «Un homme, une vision», comment avez-vous apprécié la réaction du public après les deux projections au palais de la Culture?
Je dois dire qu'après la réaction du nombreux et sélect public de la grande 1ère qui était quand même sur invitation je le rappelle à la 1500 places du Palais de la culture, les 2 projections simultanées offertes par la première Dame, le 9 juin ont été l'occasion de jauger de l'adhésion populaire que suscite cette ?uvre. Il faut aussi noter que si mes souvenirs sont exacts, c'est la première fois qu'un film, documentaire qui plus est, est projeté dans deux salles à la fois, avec un tel succès. Je dis merci à Mme Simone Gbagbo pour cette initiative mais aussi pour tout son appui, toute sa sollicitude, et pour tout le respect qu'elle accorde aux artistes. C'est donc un motif de satisfaction parce que cela veut dire que le sujet, l'objectif, la démarche du film ont été compris.

Le CD du film documentaire est-il déjà mis en vente ?
Non, le Dvd du film n'est pas encore en vente pour la simple raison que le producteur veut organiser des avant-premières dans quelques pays Africains et Européens. Et si le DVD était sur le marché avant ces projections, l'effet ne serait plus le même. C'est une démarche professionnelle car un film sort d'abord dans les salles de cinéma et ce n'est que six mois après qu'on le diffuse à la télé et qu'on met les Dvd en vente. Je sais que les ivoiriens sont impatients, mais il faut que nous travaillons de façon professionnelle. Cependant, je les rassure que nous n'attendrons pas six mois avant de mettre le Dvd en vente. C'était juste pour donner la règle en matière de cinéma.

Vous êtes en ce momentà Bruxelles pour des raisons professionnelles, êtes vous informé de ce que le documentaire a été piraté à Abidjan?
J'ai eu cette information. Elle a été vérifiée par mon équipe, mais après avoir visionné l'élément en question, il se trouve que c'est une arnaque. Un certain "empereur", pirate de son état qui travaille pour un soi disant "gourou", a pris le visuel du film qui était sur les cartes d'invitations, les panneaux de 12m² et sur le site d’African Queen Productions. Celui qui achète ce Vcd de très mauvaise qualité d'ailleurs, pensant que c'est le film "un homme, une vision" se trompe. Sur le support, on trouve autre chose: différents discours du Président Gbagbo, reportages, etc. Tout cela n'a rien à voir avec mon film et j'aimerais inviter les populations à ne pas se faire arnaquer aussi facilement. Le film "un homme, une vision" n'est pas en vente. Je suis en Europe dans le cadre de la préparation de la dite tournée. Il faut que les ivoiriens apprennent à attendre, à donner de la valeur à leur propre culture, à respecter les lois de leurs pays et à sortir des raccourcis faciles!  

Quelles dispositions avez-vous prise pour protéger ce documentaire qui retrace le parcours du président Gbagbo?
Si d'aventure et malgré toutes nos précautions le film était piraté, quelles dispositions voulez-vous que je prenne. J'ai travaillé durant deux longues années sur ce film, dans la plus grande discrétion, grâce à un homme qui n'est pas Ivoirien. Mais qui pense que les africains doivent honorer leurs icônes, montrer à travers le parcours du Président Gbagbo que si on travaille, si on a de la détermination et si on est prêt à en payer le prix, on peut réaliser ses objectifs. Voilà ce que cet homme que Laurent Gbagbo n'a pas "fait" et qui n'attend rien de lui, a voulu montrer. Je pense que cela devrait faire réfléchir plus d'un. Nous crions toujours que nous sommes spoliés par les "blancs", que nous sommes "patriotes"  et que nous croyons en Laurent Gbagbo; mais quelle est la morale de galvauder un film dont celui en qui nous disons nous reconnaître est le sujet? En tant qu'artiste, en tant que réalisateur, j'ai fait mon travail! Mais nous sommes dans un pays organisé, avec des lois, où n'importe qui ne doit pas faire n'importe quoi. Quand on prend un criminel, on le met en prison. Eh bien je pense que le pirate est un criminel, qui tue les ?uvres de l'esprit et les artistes, et que lui aussi doit répondre de ses actes devant la justice. Donc c'est à l'état, à travers les Ministères de l'intérieur et de la justice de faire leur travail, de protéger tous les citoyens, y compris les artistes. Savez-vous que vous ne pouvez pas entrer sur le sol Américain avec plus de dix Dvd de votre propre produit sans justification? Pourquoi nous ne pouvons pas vivre comme des êtres civilisés et nous devons toujours nous comporter comme des animaux, des sorciers?  
Quelles solutions, proposez-vous pour combattre la piraterie des Oeuvres de l’esprit ?
Selon moi, il n'y a pas mille façons de combattre la piraterie, il y a à traiter les pirates comme on traite les assassins, les voleurs, les violeurs. Je suis en colère parce que tu ne peux pas mettre deux années de ta vie à trimer sur un projet si ambitieux, si important, pour que des gens sans moralité, sans vergogne, sans honneur, viennent te spolier impunément. Et après on s'étonne que les artistes perdent toute dignité en tendant la main quand ils sont malades, et meurent dans la misère. Si on ne veut pas de culture dans notre pays, qu'on le dise et que cela se sache une bonne fois pour toutes car trop c'est trop.

Ce combat, les artistes le mèneront jusqu'au bout, quitte même à y perdre leur vie s'il le faut. Car il faut qu'on nous respecte. Je salue donc le Président du conseil d’administration et le conseil d’administration du Bureau ivoirien des droits d’auteur, Serges Kassy qui a en charge la lutte contre la piraterie. Je rentre bientôt et comme nous avons résisté hier pendant la crise, nous résisterons aussi à cette crise. Et cela, pour préserver notre travail et notre dignité. J'invite enfin les ivoiriens qui disent qu'ils aiment leurs artistes, à nous rejoindre dans ce combat. Merci.