Mariam Gba (Ecrivaine): "Le livre demeure le support véritable pour que l'enfant accède au pouvoir"
Par Cheickna D. Salif
- Réalisé à Abidjan
Ecrivaine, sous-directrice à la direction de la promotion humaine du District d’Abidjan, Mariam Gba est une actrice majeure dans le monde du livre et de la lecture en Côte d’Ivoire. En attendant l’ouverture très prochaine de la bibliothèque du District d’Abidjan, elle a choisi de partager sa passion du livre avec le Web Magazine 100% culture. Où elle a tenu à parler du concept «Lire pour gagner». Qui pour elle, ne doit pas être une opération isolée mais un concept qui déclenche un processus.
Comment se porte le livre en Côte d’Ivoire?
Je voulais d’abord signaler que nous sommes fermés pour des travaux depuis environ un an. Nous entendons la cérémonie d’ouverture officielle. Au moment où nous étions en activité, nous recevions des lecteurs mais pas suffisamment comme on l’a souhaité. Parce qu’il y a d’abord l’emplacement de la bibliothèque qui est un obstacle. Et l’attitude de l’africain ivoirien et de l’abidjanais vis-à-vis du livre est une explication à cela. Je pense que l’éducation à utiliser les lieux de lecture n’est pas suffisante. Le fait qu’il n’y a pas assez de bibliothèques fait qu’on n’a pas assez véhiculé qu’il est important de fréquenter les bibliothèques. Il y a de bonnes productions littéraire en Côte d’Ivoire. Et suffisamment d’activités autour du livre. Je veux parler du café littéraire, des dédicaces. Mais au niveau de l’utilisation du livre, il y a encore un problème de sensibilisation.
Concrètement qu’est ce qui est fait pour susciter le goût de la lecture chez les Ivoiriens?
Je voudrais signaler qu’au niveau du livre, il y a différents acteurs. Il y a les écrivains, les éditeurs, les libraires et les bibliothécaires. Au niveau donc de ces différents acteurs, il y a des initiatives qui peuvent être menées. C’est ainsi que vous avez constaté que du mois d’Avril au mois de mai dernier, il y a eu la caravane des libraires. C’est une opération, voire une animation qui est internationale et qui avait pour but de mettre le livre à la disposition des populations. Ainsi, au niveau du coût, il y avait une réduction en plus du fait que le livre se déplaçait vers les lecteurs des établissements scolaires. Je pense que si au niveau de tous les acteurs de la chaîne du livre, il y a ces genres d’initiative, on serait plus proche des populations. Les écrivains aussi, on eu à faire leur caravane. Les éditeurs envoient souvent les auteurs dans des écoles pour rencontrer le jeune public surtout dans les villes de l’intérieur. Il y a également des associations qui interviennent comme « culture en fête ». Il y a « point de lecture ». Il y a donc beaucoup d’initiative. Au niveau de la bibliothèque, de 1991 jusqu’en 1998, nous avions la caravane du livre d’Abidjan. C’est une opération qui nous a amené à créer des espaces de lecture dans les communes. Dès notre arrivée ici, nous nous sommes dit que c’est au bibliothécaire de fabriquer des lecteurs. C’est pourquoi, nous avons pris les livres pour aller vers des espaces de lecture dans les communes. Les résultats sont probants. Nous sommes partis de 2 848 lecteurs en 1991 pour aboutir en 1997 à 37 000 lecteurs. Parce que à chaque fois on essayait de multiplier les espaces de lecture. Au début, nous avons commencé avec une commune et après avec les dix communes en même temps pendant un mois.
Est-ce que les communes vous sollicitaient spécifiquement ?
A l’époque nous faisons la caravane avec l’aide des communes. Notre souhait, c’est que les communes prennent le relais. Parce qu’on s’est aperçu qu’on n’allait pas pouvoir faire ça tout le temps. Par ailleurs, quand on organise les caravanes, on arrête la vie de la bibliothèque. Nous voulons que les communes de prennent la relève. En leur disant, vous avez vu les enfants lire. Les parents étaient pour cette campagne. Il y a même une commune qui ne nous voyait pas venir pendant les vacances où les parents sont allés voir le maire. Les parents à mon sens ont compris les bien fondés de la lecture. Ce n’est pas normal que dans tout Abidjan, il n’ y a pas de bibliothèques. Quels problèmes avons-nous avec les bibliothèques ? Qu’est ce qui est si compliqué de créer des bibliothèques ? A côté de chaque vidéoclubs, il faut qu’il ait une bibliothèque. Que les gens aient le choix. Pourquoi on ne peut pas faire ça en Côte d’Ivoire ? Avec tout ça on se plaint du comportement des enfants.
Est-ce que la caravane du livre continue ?
En 1998, nous avons suspendu. Nous avons essayé de reprendre en 2006 et 2007. La reprise est à l’étude. Comme je vous le disais c’était vraiment pour sensibiliser et nous à notre niveau on est aussi amener à grandir comme bibliothèque. Il aurait fallu que les communes prennent la relève. Il aurait fallu que d’autres structures comme « culture en fête » par exemple prennent le relais.
A côté de la bibliothèque municipale du District d’Abidjan, nous avons la bibliothèque nationale. Qu’est ce qui différencie l’une de l’autre ?
La bibliothèque nationale, comme son nom l’indique est une structure créée par l’Etat. Alors que la bibliothèque du District est celle d’une collectivité locale. C’est une bibliothèque publique, ouverte à tout le monde. C’est un fonds encyclopédique. C’est-à-dire, tout ce qui concerne la culture générale. Tous les domaines de connaissances sont couverts bien qu’on ne rentre pas en profondeur. On peut trouver des ouvrages en médecine ici, mais ça ne sera pas comme à la faculté de médecine. La bibliothèque nationale a pour objectif de conserver la mémoire nationale. Tout ce qui est produit en Côte d’Ivoire, on doit pouvoir le retrouver à la bibliothèque nationale. Son rôle n’est pas tellement d’accueillir pour lire les romans mais pour la recherche.
Comment expliquez-vous le choix de la population scolaire comme cible lors des caravanes ?
Le livre est l’outil de formation par excellence. C’est vrai qu’on peut former l’enfant par l’oralité en discutant. Mais, le support véritable pour que l’enfant accède au savoir, demeure le livre et l’écrit. Ce qu’on trouve dans le livre, on abrège, on résume. Il est important que chacun fasse son parcours initiatique avec le support livresque. C’est pour cela que nous déplorons l’absence de bibliothèque. Le livre est essentiel dans la formation de l’individu, dans l’acquisition de la connaissance. Et dans le renforcement du savoir de l’école après les cours. Il y a des spécialistes qui disent que sur 7 livres bien sélectionnés qu’on lit sur un sujet donné, on peut dire qu’on est spécialiste dans ce domaine. On n’a pas besoin de faire des études dans tous les domaines. Mais on peut à travers notre propre démarche être cultivé dans ce domaine. C’est très important d’avoir à faire à une population qui sait. Peut être le développement qu’on cherche sera un peu plus facilité. On ne doit pas avoir peur du livre.
Est-ce que le développement des Ntic ne peut pas être un frein à l’avenir du livre?
Le livre sera toujours présent dans notre univers, dans notre vie. Le livre et les Ntic sont complémentaires. Quand tu n’as pas l’habitude de lire, tu ne peux pas exploiter convenablement les Ntic. Parce que là aussi, il faut aller très vite. Tu ne passeras pas toute ta vie sur Internet. D’ailleurs, il y a des problèmes de vision. Il y a des spécialistes qui disent que lorsque tu passes 15 minutes sur l’ordinateur, il faut lever les yeux pour faire autres choses. Il y a donc des risques. Ce qu’on peut faire avec l’Internet on ne peut pas forcement le faire avec un seul livre. Sur Internet on a la possibilité d’avoir le contenu de plusieurs ouvrages. Cependant on revient toujours au livre qui est personnalisé en quelque sorte. On lit, on prend des notes, on revient… L’affection, la proximité avec le livre, c’est différents d’avec l’Internet. Les pays développés continus de construire des bibliothèques et d’acheter des livres. C’est vrai que dès qu’on dit à des décideurs qu’il faut construire des bibliothèques, ils disent qu’il y a l’Internet. D’ailleurs, il y a combien de postes d’ordinateur dans nos écoles.
Aujourd’hui, quels sont vos projets au niveau de «Culture en fête», votre association?
«Culture en fête» intervient dans le domaine de la culture d’une manière générale. Nous faisons de l’animation culturelle. On fait de la collecte de données culturelles ainsi que la promotion de la lecture publique. C’est-à-dire, comment faire pour que la population aient accès à la lecture? Dans ce cadre, nous avons conçu un projet qu’on a appelé «lire pour gagner». C’est ce qu’on a proposé aux libraires et avoir leur adhésion. Parce que nous pensons que tous les professionnels du livre soient sensibilisés et se mettent d’accord pour une fois autour d’un concept. Là, ce n’est plus seulement à Abidjan puisque nous prenons en compte toute la Côte d’Ivoire. Si nous sommes d’accord pour dire que la lecture est bénéfique, qu’est ce qu’on fait pour que la population aient accès au livre. C’est à cette problématique que répond « Lire pour gagner ». Il faut donc qu’on regarde toutes les faiblesses des expériences passées. Tout ce qui a été positif, que ce soit les différentes caravanes. Il faut donc qu’on trouve des idées nouvelles. Nous nous sommes dit que nous allons organiser de petites cellules de lecture en nous appuyant sur les jeunes et les femmes dans les quartiers. Et que ces personnes s’organisent pour créer des séances de lecture, d’échange qui à la longue va aboutir à des compétions entre les différentes cellules. C’est sur ce projet que «Culture en fête» travaille. Pour soutenir tout cela, j’ai écrit l’hymne à la lecture. Et cela, pour célébrer mes 20 ans dans le livre et la lecture. D’ailleurs l’hymne à la lecture a été appréciée lors de la récente caravane du livre. Pour le moment, nous sommes à la phase de sensibilisation du projet «lire pour gagner». Il faut que «lire pour gagner» ne soit pas une opération isolée mais un concept qui déclenche un processus.
Parlons de vos projets en tant qu’écrivaine
Je continue. Il y a eu le premier livre, «Un village dans les montagnes» qui a placé la barre haute. Un premier livre qui sort et tu as un prix. Un livre qui est accepté au programme scolaire. Ça fait beaucoup. N’empêche qu’on a écrit un second, il y a neuf ans. Quelques années après on a déposé un autre manuscrit. Les éditeurs trouveront le moment propice pour publier. Aujourd’hui, j’écris la musique. Il faut que mon message touche la population. Et quand c’est chanté, c’est encore plus rapide. Faire en sorte qu’il ait la joie mais qu’il ait un texte. Si j’attends un livre ça mettra du temps. Pour les enfants, je suis entrain de voir comment exploiter un personnage soutenu par un livre pour que nos enfants s’approprient ces personnages comme ils le font avec d’autres personnages venus d’ailleurs. J’ai déjà écrit l’histoire ce sera pour la prochaine année scolaire.





