Cinéma: «Un mariage à trois visages» ou contribution sur la réconciliation culturelle entre la Côte d’Ivoire, le Burkina et la France
Par Zouhour Harbaoui
- Réalisé à Tunis
Pierre Laba est martiniquais. Mais il a choisi de vivre, depuis quelques années en Côte d'Ivoire. C'est là qu'il a pris conscience que sa vocation était le cinéma. Son quatrième long métrage «Un mariage à trois visages», tourné au Burkina Faso, est dans la boîte.
Pierre Laba n'est pas à son premier coup d'essai. Il a eu le temps de fourbir pas uniquement sa plume mais également sa caméra en trois films pour attaquer son quatrième. Donc après «Coupé décalé» en 2005, «Danger permanent» en 2006 (film présenté au FESPACO 2007), et «Le gaucher d’Abidjan», le plus africain des réalisateurs martiniquais a décidé de ne pas s'arrêter en si bon chemin et de s'atteler à un quatrième long métrage ; un film qu'il a intitulé «Un mariage à trois visages». Et pour cause ! Tout se comprend en lisant le synopsis : «Amoin, petite villageoise d’un bled perdu de Bobo-Dioulasso, va voir son quotidien bouleversé quand ZASS, son cousin photographe ambulant qui rêve de partir en Europe, va arranger un mariage sur Internet avec un homme blanc qu’elle ne connaît pas. Se voulant, plus royaliste que le roi, Amoin va multiplier les ratés et les maladresses à l’arrivée de cet homme au grand désarroi de ZASS qui voit son rêve de partir s’envoler petit à petit. Il décide de prendre les choses en main avec l’aide de son ami Streev, un expatrié en vacances, jusqu’à l’obtention pour Amoin et pour lui d'un visa».
La genèse de ce long métrage de 90 minutes est la volonté de Pierre Laba de créer à sa manière une réconciliation culturelle entre trois pays : la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso et la France. D'ailleurs, le réalisateur nous l'a déclaré : «En écrivant ce film j’ai voulu d’abord faire le pont du cinquantenaire, en Afrique. Et pour cela j’ai sélectionné des acteurs ivoiriens, burkinabè et français. En sachant que moi-même je suis martiniquais, donc français, je me dis que c’était ma contribution sur la réconciliation culturelle entre ses trois pays». Outre cette réconciliation, Pierra Laba a souhaité, travers son long métrage, une autre réconciliation : «J’habite en Côte d’Ivoire et dans ce beau pays la population a perdu le chemin des salles de cinéma. Je pense qu'habiter en Côte d’Ivoire et tourner un film au Burkina Faso avec des comédiens ivoiriens cela va peut-être sensibiliser les Ivoiriens», et les réconcilier avec les salles obscures.
Dans «Un mariage à trois visages», les cinéphiles et autres spectateurs pourront voir la prestation de l'actrice ivoirienne Amoin, connue surtout pour son rôle d'Amoin dans la série «Ma famille», de Jackson M’Broh, de Côte d'Ivoire, Souke, Fati et Sidiki des «Bobodiouf», et Oyou de «Commissariat de Tampy». Pendant trois mois, ses acteurs, ainsi que d'autres, ont travaillé ensemble dans un village burkinabè et à Bobo-Dioulasso. Ce qui n'était pas sans poser quelques difficultés d'ordre financier comme l'a expliqué le réalisateur : «Faire un long métrage sur fond propre, ce n’est pas facile, vu qu'en Côte d'Ivoire il n’y a pas de subventions pour le cinéma. Alors imaginez trente personnes sur un plateau pendant trois mois avec les frais que cela engendre, plus les cachets... Mais bon, j'aime le cinéma et je ferais tout pour le cinéma africain puisse dépasser les frontières».
Pour son film, Pierre Laba a pris exemple sur des faits réels comme celui d'amis venus se marier sur le continent africain, après une rencontre via le net, et qui ont divorcé quelque mois après, ou encore celui des arnaques toujours sur le net. «Un mariage à trois visages» est pour lui «une manière d'alerter les gens» sur le sujet mais de façon comique.
En attendant son cinquième film qu'il devrait tourner au cours de l'année 2011 avec pour thème la religion, Pierre Laba espère pour «Un mariage à trois visages» un grand succès, plus que pour «Le Gaucher d’Abidjan» qui a fait plus de 100 mille entrées en salles de cinéma au Burkina Faso. Il souhaite même faire 300 mille entrées et présenter son long métrage au prochain Fespaco, au festival ciné noir au Canada, au festival du cinéma créole, et partout où son film sera accepté.

ENCADRE : Qui est Pierre Laba ?
D'origine martiniquaise, Pierre Laba débarque en Côte d'Ivoire en 1999. Avec une formation dans le domaine du spectacle, il débute sa carrière en tant qu’ingénieur du son puis passe à la camera et le montage virtuel. Et de nous raconter pourquoi ce passage du son à l'image : «Une fois que j’ai terminé mes études d’ingénieur de son, j’ai fait un stage de six mois à europe1 en 1989, et des tournées de concert avec les grands artistes : Popeck, Muriel Robin, Arthur H, etc. Dans les concerts je faisais des photos et je filmais un peu. Et au fur et à mesure, j’ai eu envie de faire de l’image et de là est venue l’envie de tourner. Par la suite, j’ai fait une formation de régisseur son et lumière. J’ai décidé d’approfondir mes connaissances et j’ai fini une formation de caméraman, montage et réalisateur dans un centre de formation à Paris». Pierre Laba ne côtoie pas uniquement des artistes français mais flirte également avec des artistes et des groupes africains comme Koffi Olomidé, Awilo Longomba, Extra Musica qu'ils accompagnent sur leur concert et réalise de nombreux clips d’artistes ivoiriens. En 2000, il devient le réalisateur attitré de la méga star Alpha Blondy. Mais il délaisse cette fonction pour se consacrer à la réalisation.





