Festival de Cannes 2010 Prix spécial du jury pour le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun
Par Atse N'cho de Brignan
- Réalisé à Paris
De l’histoire du Festival de Cannes, jamais un film africain n’a obtenu à l’unanimité l’approbation du jury. Après 13 années de compétition, "Un homme qui crie n’est pas un ours qui danse" est le premier long métrage africain qui remporte un prix à cette prestigieuse cérémonie de récompense des talents cinématographiques. Le lauréat de ce prix, Mahamat-Saleh Haroun, est un Tchadien de 49 ans.
"Je viens d’un pays où il n’existe pas grande chose. Je l’ai souvent dit à la presse et donc je ne vais pas le répéter ce soir. Donc dans ce contexte désertique, j’ai appris une chose: il faut faire les films comme les petits plats mijotés qu’on prépare aux gens qu’on aime.", tel est son discours à la remise du Prix. En effet, le titre de son dernier film, "Un homme qui crie n'est pas un ours qui danse" est un extrait d’un bout de phrase tiré du Cahier d’un retour au pays natal, célèbre livre du poète martiniquais Aimé Césaire. Ecrit en 2009, ce long métrage évoque les guerres tribales au Tchad à travers l’histoire d’un père et d’un fils. Les rebelles armés menaçant le pouvoir, en réaction, le gouvernement fait appel à la population pour un "effort de guerre", exigeant de l’argent ou un enfant en âge de combattre. Adam (Youssouf Djaoro) est ainsi harcelé par son chef de quartier pour sa contribution. Mais il n’a pas d’argent, il n’a que son fils (Diouc Koma) pour éponger sa dette et le jeune est enrôlé de force dans l’armée.... Une véritable fiction qui ne manque pas d’humour.
Bouleversant, le film qui était en compétition pour la Palme d’or au Festival de Cannes a finalement remporté le Prix du jury. Pour le cinéaste Mahamat-Saleh Haroun, "Un homme qui crie" contribue avec force à inscrire l’homme africain dans une humanité qui lui a été [et lui est] si souvent encore refusée: ?Les films que je fais, c’est tout simplement pour ramener l'Afrique dans l’Humanité. Il me semble que souvent, on lui a refusé cela?, a-t-il lancé à la presse internationale réunie à Cannes. Et pour finir: "On me dit que mes films sont universels, mais je suis un homme donc je suis porteur d’universel. Cela ne devrait étonner personne, que je fasse un film universel !"
49 ans, Mahamat-Saleh Haroun, le lauréat de ce grand prix du jury, est un Tchadien originaire d’Abéché, dans l’est du pays, près de la frontière du Soudan. Après avoir signé trois autres fictions : "Bye bye Africa", qui a gagné le Prix du premier film au Festival de Venise 1999, "Abouna" en 2002 et "Daratt" qui remporta le Prix du jury à Venise en 2006 et l'Etalon de bronze au Festival panafricain de Ouagadougou (Fespaco), Il est vrai que l’absence des cinéastes africains dans la compétition cannoise depuis treize longues années confère à la projection d’Un homme qui crie la dimension d’un véritable événement; la plus belle des consécrations planétaires pour un metteur en scène.
Produit par Florence Stern pour la société parisienne Pili Films et par Diana Elbaum pour les Belges de Entre Chiens et Loups, Un homme qui crie n’est pas un ours qui danse avait été sélectionné au Cinemart de Rotterdam 2007. Il bénéficie d’un budget de 2 M\ incluant notamment une avance sur recettes du Centre National du Cinéma et de l’image animée (CNC), le soutien de la Communauté Française de Belgique, celui du programme de coopération UE-ACP (ACPFILMS) et des préachats de Canal +, Canal Horizons, Ciné Cinéma et TV5 Monde. La distribution en salles sera assurée en Belgique par Cinéart et en France par Pyramide qui pilote également les ventes internationales.





