Calixte Beyala (Ecrivaine franco-camerounaise): ”Je veux diriger la Francophonie”
Par Atse N'cho de Brignan
- Réalisé à Paris Läs artikeln på svenska
Après l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali et le Sénégalais Abdou Diouf, l’écrivaine franco-camerounaise Calixte Beyala pourrait devenir dans quelques mois la future Secrétaire Générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). C’est en tout cas son souhait. Sur le plateau du JT du soir de la chaîne privée d’information africaine et internationale en continue Africa 24, l’auteur de La Petite fille du réverbère (Paris, Albin Michel, 1992), et de L'Homme qui m'offrait le ciel (Paris, Albin Michel, 2007) n’y est pas allée avec le dos de la cuillère. Dans cette interview, elle affirme son intérêt et son souhait de diriger cette institution et propose même au président sortant Abdou Diouf un repos mérité. Cela se passait le 12 mai 2010 au micro de la journaliste Marie-Angèle Touré.
Pourquoi voulez-vous postuler à la tête de la Francophonie?
Ecoutez, j’ai toujours voulu être à la tête de la Francophonie parce que, d’abord c’est une organisation qui est passionnante. C’est une organisation pour laquelle il y a énormément de travail à faire au niveau de la fraternité entre les peuples, du développement des pays francophones. On a tellement de choses en partage: partage des valeurs, partage de la langue et partage de l’histoire aussi. Et tout cela n’a jamais été mis en valeur en tant que tel. Et j’y ai envie difficilement de prendre la direction de cette Francophonie, de mettre en avant la culture qu’a la Francophonie quand elle a été créée. C’était la culture qui était le battement de c?ur de la Francophonie. Bien sûr que s’y est ajoutée la politique. Elle est importante, mais il faudrait que les acteurs de la Francophonie reprennent la place. Aujourd’hui, c’est vrai qu’il se passe et je ne critique pas ceux qui m’ont précédée, mais il se passe cette chose horrible: c’est que les gens formant cette communauté de langue ne se connaissent pas entre eux, car on a fait de la Francophonie un instrument fermé, un instrument où seuls les initiés y ont accès. J’ai envie de faire faire une Francophonie populaire, j’ai envie de faire une Francophonie dans laquelle les Camerounais, les Sénégalais, les Ivoiriens, les Malgaches, les Congolais, les Gabonais, tout le monde s’y retrouve. Les Français également.
C’est de cette manière-là que vous comptez conduire la Francophonie?
C’est de cette manière-là que je compte conduire la Francophonie. J’ai envie de faire une Francophonie populaire et non une Francophonie de salon et non une Francophonie exclusivement politique. J’ai envie de rendre cette Francophonie plus attrayante car aujourd’hui la Francophonie n’est pas attrayante; ce qui fait que effectivement dans le domaine de l’économie, dans le domaine même de la langue nous n’arrivons pas à vendre nos produits. Pour vendre un produit aujourd’hui, il faut que même la langue soit attrayante, que les gens qui constituent ce monde, qui portent cette langue soient des gens attrayants. Attrayant, je veux dire économiquement en parlant de musique.
Justement quelle place occupe pour vous la Francophonie à l’heure actuelle?
Mais elle occupe la place qu’elle mérite d’occuper, à savoir: c’est vrai que nous n’avons pas mené de véritables batailles pour être pris au sérieux, pour être respectés sur le plan international.
Qui va permettre justement de mener cette bataille?
Moi je veux mener cette bataille. Déjà, qu’à travers mon travail littéraire, je ne vais que défendre la Francophonie, montrer combien la culture francophone et quand je parle de culture francophone, j’y associe aussi bien la culture française que la culture québécoise; que toutes les cultures africaines qui forment une totalité qui devient la culture francophone.
Vous estimez que Abdou Diouf n’est plus à même d’avoir ce rôle-là?
Abdou Diouf a été un excellent président. Abdou Diouf a montré de quoi il était capable à la Francophonie. Mais ce que je pense, c’est que je respecte le travail des anciens, mais cela ne veut pas dire que ces anciens ne doivent pas se tourner aussi vers les jeunes, leur tendre la main et voir ce que ces jeunes peuvent apporter aussi de plus. Je peux apporter un plus au travail déjà fourni par le président sénégalais Abdou Diouf qui a fait un travail formidable tout au long de sa vie et donc qui sera peut-être mieux qu’il aille se reposer. Et ce sera un repos hyper bien mérité que je crois de mon point de vue. Je pense qu’il peut me faire confiance en me laissant ce poste-là et j’espère que les Chefs d’Etat africains vont me faire confiance, que les Chefs d’Etat de tous les pays francophones du Nord et de la France vont me faire confiance en ce mois d’octobre pour rendre la Francophonie dynamique et vivante.





