100pour100culture.com

No.38
mai 2010

LIVRE. La «refondation» de l’Ivoirien, selon Don Mello

-

Technocrate ivoirien de renom, directeur général du Bnetd, il livre sa vision spécifique du renouveau ivoirien sur les traces de Laurent Gbagbo.

«Proposition de stratégies de développement pour la Côte d’Ivoire», était le titre initial de «L’Ivoirien nouveau», cet ouvrage du Dr Ahoua Don Mello, directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement (Bnetd). Qui vient de paraître chez Images communication Editions, dans la collection Développement.

C’est une contribution de fond au… développement de la Côte d’Ivoire, qui s’inscrit dans le programme de la Refondation du Front populaire ivoirien (Fpi), entreprise depuis l’accession, en 2000, du parti créé par Laurent Gbagbo, au pouvoir. Mais dont la mise en ?uvre a été estompée par la crise actuelle, arguent ses tenants. Justement, dans le cadre des prochaines échéances électorales, il assure la présidence de la commission Infrastructures du Comité de 300 experts et techniciens choisis pour conduire, au plan technique et technologique, la campagne du candidat Laurent Gbagbo.

Ce livre relate la vision d’une Côte d’Ivoire nouvelle et propose des stratégies pour améliorer les conditions de vie de l’Ivoirien et le réveil économique d’une Côte d’Ivoire en pleine sortie de crise.

De prime abord, il est à retenir que «L’Ivoirien nouveau» qui est disponible depuis quelques semaines, émane d’une sorte de visionnaire du développement à la tête, depuis neuf années, d’un instrument fondamental de modernisation de la Côte d’Ivoire: le Bnetd. L’ouvrage est une exhortation au travail.

En effet, pour cet expert en développement, l’Afrique a d’énormes potentialités, elle n’est donc pas pauvre en ressources financières, mais doit impérativement réorienter avec rigueur ses ressources disponibles vers des activités productives et compter uniquement sur ses ressources propres pour planifier son développement. En clair, l’Afrique pour se développer doit être consciente de deux réalités. La première, c’est que sa culture constitue des freins pour son développement.

Extrait:
«En Afrique, les croyances ancestrales continuent de perpétuer les valeurs de la famille polygamique et pléthorique tandis que les bases économiques qui justifiaient ces conceptions ont largement évolué. Par conséquent, un seul revenu nourrit plusieurs femmes, plusieurs enfants et plusieurs familles. La dépendance sociale se développe à un rythme effréné et les conséquences sont nombreuses: prostitution, déscolarisation, délinquance, pauvreté généralisée, faiblesse de l’épargne et du travail. L’adoption d’un code de la famille s’impose dans le sens de l’égalité des sexes et du respect des droits humains à l’intérieur des familles pour une plus grande stabilité de la famille et le développement de l’économie familiale.» (…) «Les liens séculaires qui existent entre l’individu, sa famille, sa communauté, ses ancêtres et son Dieu donnent peu de chance à l’existence d’une société individualiste, au stade actuel du développement du continent. La logique distributive prenant le pas sur la logique de l’accumulation capitaliste, le temps du travail individuel se retrouve concurrencé, voire contrarié par les exigences de la famille, de la communauté, des morts et du divin.

L’épargne, l’investissement et la productivité sont largement affectés, au point de faire apparaître le développement comme impossible. (…) En outre, l’Africain n’est ni paresseux ni pauvre mais le temps de travail et les ressources financières sont absorbés par des activités improductives telles que les funérailles, les baptêmes, les mariages «sur budgétisés» et les parrainages intéressés».

La seconde réalité dont la collectivité doit prendre conscience, c’est que trop de vide juridique entachant la propriété foncière empêche cette dernière de jouer pleinement son rôle de base de financement du développement: «Le caractère informel de la propriété terrienne accroît l’insécurité juridique et donc l’impossibilité de mobiliser le financement pour l’adoption de nouvelles variétés culturales de cacao et de café, la diversification horizontale* et verticale* de la production et le recrutement de professionnels .Si l’on veut s’orienter sur le chemin de l’indépendance économique et du plein emploi, le secteur primaire demeure le plus gros bassin d’emplois et la base de leur création dans les secteurs secondaire et tertiaire, par la diversification verticale. La question de la sécurité juridique et de la relève constitue donc la problématique d’une croissance continue et d’un développement durable, créateur d’emplois modernes». Pour remédier à cela et atteindre le développement par le plein emploi de ses propres potentialités, l’auteur propose des solutions simples. Outre le changement de mentalité par l’adoption de l’exemple des pays asiatiques qui ont su faire de leur culture, un atout dans leur marche vers le développement, Dr Don Mello, l’inventeur du Géopavé et du Géobéton, propose, entre autres, de «valoriser le capital foncier, moderniser le cadre de vie et de travail, de repenser l’intégration africaine».

Ahoua Don Mello est l’auteur de plusieurs publications scientifiques et d’un essai sur la crise burundaise.