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No.38
mai 2010

Poumon économique d’Israel depuis 50 ans: Les kibboutz forcés à changer de stratégie

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Vivre dans un kibboutz a été pour beaucoup d’Israéliens une expérience enrichissante pour la simple raison qu’ils ont représenté à un moment crucial de leur vie une rampe de lancement dans la société. Ce seul modèle de vie basé sur des préceptes bibliques (vivre en communauté) a permis de booster très avantageusement l’économie israélienne. Tout en effet, depuis les premières haliyaa était mis ensemble. On semait ensemble et on récoltait ensemble. Tous les revenus étaient donc mis à la disposition du kibboutzim selon ses besoins.

Ainsi, gites et couverts étaient-ils rendus possibles grâce à la communauté. En retour le membre du kibbutz devait faire virer tous ses revenus sur le compte de la communauté. Un compte commun dont la gestion est confiée à un groupe d’élus présidé par un secrétaire général. Mais pour faire partie de la communauté, il faut avoir montré patte blanche pendant trois ans et avoir reçu l’onction du groupe en passant par un vote.

La communauté n’attire plus
Aujourd’hui, le constat est tout autre. Bien que toujours visibles dans l’atmosphère socio-économique, les kibbutz sont enclins à revoir leur politique de gestion. Et le constat s’est vite fait senti. La vie en communauté, n’attirent pas tous les jeunes travailleurs israéliens qui désormais, ne cherchent plus à vivre selon ce dont ils ont besoin, mais tout simplement de leurs revenus. «Ils aspirent à laisser quelque chose à leurs descendants afin que la chaine se transmette. Pour quelle raison devrions nous, nous qui gagnons plus recueillir moins qu’il n’en faut parce que le salaire est viré sur le compte de la communauté?» s’est indigné un jeune cadre israélien qui y a passé 10 ans de sa vie.

Sur environs 200 kibbutz que compte le pays les 2/3 sont devenus de véritables groupements d’intérêt économique. Des structures capables de mobiliser des revenus importants. Nous en voulons pour preuve, le kibbutz de Ramat Rachel situé au sommet d’une colline au sud de Jérusalem. Elle surplombe d’une part, le désert de Judée, l’Hérodion, l’Eglise de la Nativité de Bethléem et d’autre part, la Vieille Ville avec le Dôme du Rocher, le Mont Scopus. Ici ce sont 160 chambres avec vue sur Bethléem qui attendent les visiteurs. Toutes sortes de commodités telles que piscines, salles de fitness, jacuzzi, sauna, salles des fêtes, magasins de souvenirs.

Une chaîne hôtelière puissante
En effet avec d’autres kibboutzim s’est développé La Chaîne Hôtelière des Kibboutzim (KHC). C’est le plus vaste réseau d’hôtels, de villages de vacances et de gîtes ruraux en Israël. Les kibboutzim sont dispersés à travers tout le pays, en pleine campagne, à proximité des sites touristiques les plus intéressants. Chaque kibboutz a son style particulier. Et celui de Mashabei Sade par exemple est un gite rural de 30 chambres dans le désert du Negev non loin de la ville de Beer Sheva (30 minutes en voiture) offre à 5 minutes un spa géant, le Neve Midbar. «Mais celui-ci, annonce le secrétaire général du Kibboutz, sera bientôt un hôtel 5 étoiles dans le désert dans 3 ans. Car le financement a été octroyé et nous n’attendons plus que le démarrage des travaux». A défaut de représenter un hôtel ou un gite rural, le kibboutz de Sde Boker où a vecu David Ben Gourion, le père de la nation israélienne, offre des produits artisanaux, des souvenirs du pays et surtout sa maison laissée intacte avec ses livres et ses effets personnels. Il est en symbiose avec le mémorial hyper équipé qui est dédié à l’illustre disparu situé sur les hauteurs du Negev. Les visites sont ponctuées de visionnage de films documentaires sur le premier Premier Ministre d’Israël. D’autres gadgets et souvenirs accompagnent les nombreux visiteurs.

Socialisme ou capitalisme?
Plusieurs personnes continuent de croire, à raison que le kibboutz est une rampe de lancement. Elles sont convaincues de l’importance de ces structures qui ont fait aussi leur entrée dans la politique. Car il faut le dire, les kibboutz sont de véritables groupes d’influence capable de peser lourdement dans des derbies politiques parce que organisés et structurés. Selon notre ami et guide du jour, Michel Kahn, les politiciens commencent toute campagne importante par les kibboutzim parce que toute expérimentation d’une politique sérieuse commence par une entité structurée et crédible. C’est d’ailleurs ce qui a permis à certains secrétaires généraux de kibboutzim de bénéficier souventes fois d’options sérieuses pour faire partie influente de groupements politiques. Ce qui était donc un socialisme traditionnel est aujourd’hui en train de procéder à un aggiornamento pour entrer de plein pied dans une économie de marché au risque de ne pas se faire phagocyter par le rythme de la vie moderne. Les israéliens l’ont vite compris eux qui tirent une réelle marge de revenus grâce à la filière touristique (environ 10% du PIB) même si cela ne semble pas être reconnu par les instances nationales.