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No.38
mai 2010

Denise Epote (Directrice TV5 Monde Afrique)
«La diversité ne se décrète pas, elle se vit…»

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Présente la première semaine février à Abidjan dans le cadre d’un évènement panafricain, la journaliste française d’origine camerounaise s’est prononcée, entre autres sujets, sur l’état des médias en Afrique

Vous avez été, récemment, primée à l'occasion de la 4e édition des «Bâtisseurs de l'économie». Quels sens donnez-vous à cette distinction?
Ce fut un immense honneur de recevoir ce prix spécial. C'est toujours très gratifiant de voir son travail apprécié et reconnu par un jury aussi prestigieux et de surcroît dans un pays qui n'est pas votre pays d'origine, mais un pays d'adoption. A travers ma modeste personne c'est également le travail accompli par TV5MONDE pour la visibilité de ce continent qui est salué. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si en Afrique cette chaîne internationale est perçue par les Africains comme une chaîne panafricaine. Je suis ravie d'avoir pu assister à cette cérémonie aux côtés de la dizaine de lauréats venus des quatre coins du continent. Le promoteur de cet évènement, Russel Lohoré a beaucoup de mérite, dans le contexte difficile que connaît le pays depuis une dizaine d'années, son entêtement à vouloir rompre avec la morosité ambiante à payer. Désormais "Les Bâtisseurs de l'économie africaine" est un rendez-vous qui a une place de choix dans l'agenda continental. Loin de moi toute flagornerie, car avant janvier 2010 je n'avais jamais entendu parler de cette cérémonie.

Est-ce à dire que l'Afrique peut compter sur des ressources humaines de valeurs dans un contexte économique mondial morose, pour construire son développement?
Les ressources humaines du continent sont sa principale richesse. Quand on voit le parcours des lauréats de l'édition 2009 des «Bâtisseurs de l'économie africaine», c'est un motif de fierté que de savoir que dans le milieu de la finance internationale ou des médias, par exemple, des fils du continent ont pu se faire une place et pas n'importe laquelle. Il n'appartient plus qu'à nos dirigeants de les associer afin que leur expertise puisse bénéficier à leurs pays. Mais ça c'est une autre histoire....

Peut-on s'attendre à un partenariat éventuel entre Canal+ et Tv5monde aux fins d'accompagner et pérenniser cette initiative pour les prochaines éditions?
 La décision est déjà prise. Pour la cinquième édition qui se tiendra au mois de décembre 2010, TV5MONDE sera aux côtés de CANAL HORIZONS partenaire historique de la cérémonie pour soutenir cette manifestation. Le partenariat que va proposer TV5MONDE à Russel Lohoré portera sur un échange de visibilité. Pour en savoir plus, je vous donne rendez-vous sur TV5MONDE au mois de décembre.

De 1992 à 2010, quel bilan faites-vous de Tv5 Afrique, notamment dans la visibilité médiatique du continent, aux côtés d'institutions comme Cfi ou l'Urtna?
Le bilan de l'évolution de TV5MONDE AFRIQUE est globalement positif. En 1992 quand TV5 Afrique a été lancée ce n'était qu'un décrochage hebdomadaire de deux heures. En 1998 nous sommes passé à une diffusion 24h sur 24 avec une programmation spécifique dédiée à l'actualité politique, économique, et culturelle du continent. Nous sommes la seule chaîne internationale qui diffuse du cinéma africain mais aussi des séries africaines. "Ma famille, la célèbre série ivoirienne est actuellement à l'antenne. Avant elle, nous avons diffusé des séries camerounaise, nigérienne, sénégalaise, et burkinabé.
L'Afrique anglophone n'est pas en reste sur TV5MONDE, puisqu'en février 2009, nous avons lancé le sous-titrage anglais pour les téléspectateurs de l'Afrique de l'Est et de l'Afrique du Sud. 2010, l'année du cinquantenaire des indépendances, verra la réalisation de deux projets importants, le lancement de la Web TV Afrique qui pour sa programmation associera les télévisions publiques et privées du continent. Puis suivra le lancement d'un deuxième signal destiné à l'Afrique de l'Est et du Sud pour tenir compte de l'amplitude horaire entre la côte ouest et la côte est du continent. Aujourd'hui l'horaire de référence est celui de Dakar. Ce qui est plus que gênant pour le téléspectateur qui nous regarde à l'île Maurice où il y a quatre heures d'avance!!!

Tv5 a-t-elle une politique de formation à l'endroit des journalistes et professionnels des médias africains?
A TV5MONDE nous n'assurons pas de formation car ce rôle est dévolu à CFI. En revanche nous pouvons accueillir au sein de la rédaction pour des périodes très courtes des journalistes pour des stages d'imprégnation.

Pensez-vous que votre présence, dès le début des années 1990 sur les écrans occidentaux était-elle une façon de noircir l'écran, pour faire politiquement correct en donnant voix aux minorités, ou c'est réellement vos compétences de journalistes qui étaient mis en exergue?
Je pense, modestement, que c'est pour la seconde partie de votre question que j'ai été engagée à TV5 en 1994 et pas pour noircir l'écran comme vous le dîtes. A TV5MONDE chaîne par excellence de la francophonie toutes les couleurs et tous les accents cohabitent harmonieusement depuis sa création en 1984. Chez nous la diversité ne se décrète pas elle se vit au quotidien à l'antenne et dans les bureaux. Ce qui n'est pas le cas dans plusieurs médias occidentaux.

Quelle vision avez-vous du développement des médias pour l'Afrique, dans un contexte marqué par la convergence des médias, par le canal des Tic?
Au plan technologique je crois que le développement des médias africains a suivi l'évolution mondiale. Mais cela ne suffit pas d'avoir des équipements à la pointe de la technologie, il faudrait que le contenu soit d'une qualité irréprochable. Hors très souvent il pêche par un manque évident de rigueur, surtout en presse écrite. Dans la quasi totalité des pays africains la libéralisation de la presse a entraîné la naissance d'une multitude de titres, mais la qualité des articles n'est hélas pas toujours au rendez-vous. La formation des journalistes est donc primordiale. C'est à ce prix que nous aurons une presse compétitive.