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No.36
mars 2010

Nooka, l’étoile filante d’éburnie

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Voix soul, regard canaille, Nooka arrive avec son premier album solo suave et coquin comme il sait si bien les trousser. Produit par le label Virginie Manhattan Prod, le rappeur enivre tout en douceur. Il n’y a pas de migraine qui tienne pour Nouchi maison mère.

Nooka est à la musique ce que la cuisine ivoirienne est à la gastronomie. En partant des mêmes ingrédients, il parvient à composer des morceaux aux saveurs différentes. Sur Nouchi maison mère, point de poivre ni d’arôme maggi mais toutes les couleurs d’une musique cuisinées à la sauce rap avec une forte résonance et un style particulier : le nouchi.

Sur des notes nouchi
Ce premier album regorge de chansons évidentes, à reprendre sous la douche ou à susurrer sous la couette. Une chanson qui reste dans les esprits comme Chien mange chien, avec comme toujours chez Nooka, un accent mélancolique lâché d’une voix entrainante. Des titres cocons à travers lesquels, Nooka fait plonger le public dans son univers singulier, qu’il dévoile convulsivement entre une rage, une émotion et un engagement parvenus à maturité.

Nouchi maison mère : tout tourne autour de son expérience vécue qu’il partage avec son public. Aussi bien spirituel que charnel. Il ne se contente pas de faire du beau. Nooka dépeint cette société, la rue qui l’a façonné de son charme barbare mêlé de violence imprédictible. Avec un gros son, Nooka est prêt pour enflammer les pistes de danse et un refrain sur fond de basses arrangés par Gonzales au studio Mamicy en collaboration avec Drelo.

Question de foi
La nouvelle icône du rap ivoirien ne saurait en effet se cantonner aux seules frontières de son pays. Dans sa géopolitique musicale, son art résonne au plus large pour façonner des échos panafricains, modelés par les accents fédérateurs du rap à la sauce ivoirienne. Cet opus donne de ses ambitions un pertinent avant-goût. Riche, passionnant, émouvant, cet album plonge dans l’univers bouillant de Nooka, son enfance, son adolescence, ses débuts dans la musique. La saga de Nooka commence dans les années 91/92. Il appartient alors, tout comme son frère Parker-Ice, à un groupe dénommé Flèche noire. Drôle de nom ! Finalement les deux frères finissent par se détacher de Flèche noire pour créer le duo Wansh Way. Ils s’inscrivent alors dans la mouvance du rap en nouchi. Concerts et collaborations meublent leur temps avent la sortie de leur première galette musicale Prends mon gbô en 2004. Le groupe suit son chemin. Six ans plus tard, Nooka est désigné Meilleur artiste Abidjan Rap Tour 2008/2009.

En Mars 2010, les paysages majestueux de Côte d’Ivoire, ses couleurs ocre, la foi soufie et les mélodies rap baigneront doucement la terre d’éburnie. Autant d’éléments disparates, incarnés en un seul homme, surnommé « l’étoile filante d’éburnie ». Nouchi maison mère risque d’envahir rapidement les baladeurs. Car ce disque de Nooka est une collection impressionnante de titres retraçant le parcours d’un jeune ivoirien, au-delà africain, dans une société en pleine mutation.