100pour100culture.com

No.36
mars 2010

Maya Shane, (Chanteuse Franco-Tunisienne) :
« Comme un rayon de soleil »

-
Passant de la chanson française au raï, ou de la langue arabe au lingala, Maya Shane n’est jamais aussi bonne que dans la world music et elle le prouve encore avec « Révélation », son deuxième album de 18 titres sorti depuis octobre dernier. Dans cette interview, la Franco-tunisienne nous parle de son parcours musical, ses rapports avec certaines grandes pointures de la musique française et surtout sa rencontre avec le Président congolais Denis Sassou Nguesso à travers la chanson « Mobali nanga » qui signifie mon homme en lingala.

Ça date de quand votre amour pour la chanson ?
Là, je ne pourrai pas vous le dire, mais je chante depuis que je suis toute petite, c’est-à-dire depuis l’âge de 6 ans. En fait quand les premières compositions se sont présentées à moi pour en faire un métier, j’avais entre 10 et 15 ans. J’étais très jeune et mes parents n’ont pas accepté que je chante.

Et pourquoi vos parents se sont-ils opposés à ce que vous chantez ?
Simplement parce qu’ils avaient l’esprit méditerranéen : pour eux, chanter n’était pas un métier.

Vous êtes bien entourée avec un bon staff managérial et vous avez côtoyé pas mal de stars de la chanson, mais pourquoi avez-vous du mal à décoller ?
En fait, il fallait déjà trouver un choix artistique au niveau des chansons parce que les gens qui ont les voix et qui chantent, on n’en a pas beaucoup dans le monde et aussi le truc, c’est de trouver ce qu’on a envie de chanter. Moi j’ai mis pas mal de temps à savoir ce que je voulais chanter. Au départ, je suis partie sur des slows, sur de la variété française jusqu’à ce qu’on me propose la reprise de « Comme d’habitude » de Claude François en version orientale et ça a été le déclic pour moi. A partir de là, j’ai trouvé ce que j’avais envie de faire.

Claude François a compté également pour vous dans la chanson ?
Je garde de très bons et merveilleux souvenir de Claude parce que c’est lui qui m’a encouragée dans ce métier. Au moment où mes parents ne voulaient pas que je chante, lui m’a tout simplement encouragée. Il m’a dit « N’abandonne jamais, tu peux y arriver parce que tu as ça dans le sang ». J'avais à peine six ans quand je l'ai rencontré. Il voulait déjà m’engager pour chanter, faire une carrière avec lui.

Et après comment ça s’est passé ?
Comme c’est le premier qui avait cru en moi et que mes parents n’ont pas voulu me signer de contrat, j’ai vu un signe du ciel et j’ai dit : « tiens ! ». J’ai commencé à travailler sur mes albums en franco-oriental et là je me suis sentie comme un poisson dans l’eau. Je me suis donc dit que c’est ce qui me plaît et que je compte faire. Et comme j’avais Dalila comme muse, je me suis donc retrouvée dans cette voie franco-orientale qui me va si bien.

Vous être française d’origine tunisienne née en France, vous chantez dans pas mal de langues. Ce n’est peut-être pas une quête d’identité de votre part ?
Oui, on pourrait dire cela. Depuis toute petite, j’écoutais beaucoup la musique orientale qui n’était ni tunisienne ni marocaine. C’était de la musique égyptienne. J’étais donc bercée dans mon enfance par les grands de la musique égyptienne comme Oum Kalsoum, Abdel Halim Hafez, etc. Je n’étais pas du tout chanson Maghreb, mais plutôt musique égyptienne et libanaise. J’écoute aussi la musique brésilienne, la musique africaine. J’adorais ce que faisait Miriam makéba à l’époque, j’adorais Manu Dibango, J’adorais aussi Carlito. Tous ces chanteurs, je ne les connais pas, mais je les ai écoutés par hasard chez des amis et ça m’a toute suite interpellée.

Pour vous, c’est ce deuxième album qui vous révèle maintenant au grand public ?
Tout à fait ! Après « Les filles d’Orient » sorti, il y a 3 ans, c’est cet album qui me révèle et c’est pourquoi il s’appelle « Révélation ». C’est aussi l’album de la maturité. Ce qui est bien, c’est que j’ai pu m’exprimer comme je veux et en fait, je me suis enfermée dans un casting. Parce que souvent on dit à un chanteur : « tu démarres dans un style, tu dois rester dans ce style-là, dans la même consonance », mais pour cet album, non ! Je me suis laissée la liberté de chanter mon « Mobali Nanga » qui est une chanson congolaise qui n’a rien à avoir avec mon univers, mais j’avais envie de le faire. J’avais aussi envie de mélanger les deux styles africains.

En fait, comment vous êtes venue l’idée du titre « Mobali Nanga (mon homme, en lingala, ndlr) qui est en passe de devenir le titre phare de l’album ?
En fait, je me suis liée d’amitié avec beaucoup de femmes congolaises et je les entendais souvent dire « mobali nanga » au téléphone et ce mot m’a beaucoup chatouillé l’oreille et j’ai eu l’envie d’en faire une chanson. C’est comme ça que c’est parti.

C’est un clin d’œil que vous avez fait au Président Sassou Nguesso comme certains le pensent, puisque vous l’avez rencontré par la suite ?
Ça pourrait être un clin d’œil (Rire). Mais je tiens à dire que j’ai eu la chance de chanter devant le président Sassou qui était en vacances en Espagne. Ça a été pour moi quelque chose de formidable de chanter devant tout son staff, car ce monsieur ne se déplace jamais seul. Je tiens à vous dire que ce titre marche très bien au Congo. Aussi quand j’ai fait mon concert, le 13 octobre 2009 à L’Alhambra, à Paris, j’ai vu l’accueil que le public africain m’a réservé à travers ce titre. Beaucoup de Congolais, de Camerounais étaient présents. Ça m’a fait plaisir de voir l’Afrique autour de moi.

Le titre « Hymne à l’amour », à qui est-il dédié ?
Précisément à Edith Piaf, parce que quand j’étais toute petite, j’ai grandi à Belleville. Et c’est le quartier où Edith Piaf est née. C’était aussi une de mes muses. Mais également « Hymne à l’amour » est une très belle chanson dédiée aux femmes et à l’amour, car moi je suis une femme romantique et je crois en l’amour éternel. Quand les personnes qu’on a aimées s’en vont, on les aime toujours.

Et votre duo avec Enrico Macias, c’est vraiment « comme un rayon de soleil » ?
(Rire) Avec Enrico Macias, c’est par l’intermédiaire de son fils Jean-Claude que tout s’est passé. En fait j’ai travaillé sur certains titres avec son fils qui est arrangeur. En studio, je lui ai dit que mon rêve était de faire un duo avec son père, Enrico Macias. Il m’a répondu que ce n’était pas possible du fait que ce dernier n’appréciait pas du tout faire des duos. Mais un jour, alors qu’il travaillait sur une de mes chansons à Saint Tropez, son père a voulu savoir qui était la voix qu’il écoutait. Son fils lui a dit : « Justement papa elle veut faire un duo avec toi ». Intéressé, il a accepté de faire un duo avec moi sur une chanson à lui. C’est comme ça que c’est parti et on a enregistré le titre la veille où il devait partir à New York pour un gala. C’est vraiment une chanson que j’adore et je vous assure que c’est vraiment comme un rayon de soleil.

Y a-t-il des concerts en vue pour le nouvel album ?
Effectivement, j’ai un concert à L’Alhambra le 10 juin 2010 et ce sera le jour de mon anniversaire. J’attends aussi des concerts en Afrique et j’espère que les gens de là-bas vont me solliciter.

-