De la dictature des média à l'industrie du disque et de la création musicale
Par Eric TAPE-DALEBA
- Réalisé à Strasbourg

L’ordre des choses est bouleversé. Il suffit de prêter attention à l’évolution récente de la télévision et des nouvelles technologies de l’information pour mesurer la place et le rôle que tiennent les média dans notre vie quotidienne, mais surtout, dans le métier du créateur de musique aujourd’hui.
Selon Etienne Gilson « Reproduire la musique a pour effet de la transformer (…). Les timbres de la musique enregistrée sur le disque y sont conservés avec une fidélité qui, sauf exception, les rend reconnaissables sans erreur possible, mais tous ces timbres sont rendus à travers celui d’une membrane vibrante qui les modifient tous(…) ce qui sort de ces appareils est l’image d’une musique, ce n’en est pas la réalité ». La recherche de la réalité de nos jours peut être considérée comme un jeu de l’impossible. La pensée première est modifiée, distordue et même transformée au profit de la charge des masses de l’information.
Le point le plus net et le plus clair dans l’esprit de ceux qui l’utilise est que, très peu de personnes croient en l’idée selon laquelle les média n’exercent sur nous aucune action. Si tant est que les média dépendent étroitement des réseaux économiques, sociaux, politiques, historiques qui caractérisent également l’industrie du disque et de la création musicale, on peut aisément noter son effet sur l’appareil et les méthodes propres au milieu de la production musicale.
Il s’agira de savoir si les média nous asservissent, ou s’ils contribuent à nous libérer dans l’acte de création artistique et musicale. Ou encore s’ils nous échappent, ou si nous pouvons les maitriser. L’idée de média implique l’idée d’intermédiaire ; mais il s’agit d’un intermédiaire de type technologique entre les hommes et quelque chose d’autre. Dans cette relation, les média apparaissent toujours comme des mass-médias, c’est-à-dire des moyens massifs de communication, qui peuvent toucher à la fois un nombre considérable d’individus.
Les média uniformisent tout, et gomment les originalités et les individualités, même s’ils permettent également d’accéder aux mêmes savoirs, aux mêmes informations, à une gamme de création musicale uniforme. Cette prise en otage des média sur les créateurs de musique impose à l’industrie du disque, des orientations qui sont souvent en contradiction avec les schèmes du métier de créateur de musique. La distribution impose à la production les réactions du public, le marché impose ainsi sa loi à une manière de penser et de faire de la musique, transmise de génération en génération.
L’ordre des choses est inversé, le système est renversé, la machine a aliénée le créateur et l’a rendu capable de crime contre d’autres hommes. Le système normal, s’il existe une normalité, c’est certainement celui- là ! :le créateur de musique compose --- l’industrie du disque se sert de cette création pour ressortir un modèle de la production --- les média / mass-média diffuse à une grande échelle en respectant l’idée génératrice de l’œuvre.
En adoptant le sens contraire à cette logique de la production et de la diffusion, mais de la pensée créatrice tout court, les média se rendent ainsi coupable de parjure et de putsch à l’égare des créateurs de musique en façonnant ainsi le nouvel ordre mondial et toute l’humanité des humains, c’est-à-dire leur créativité. L’homme par la création se libère de sa condition d’homme pour devenir dieu, et être le réceptacle de la divinité, une divinité qui le guide et l’inspire. Par l’acte de création et de composition, l’homme accomplit la part de divinité qui siège en lui. Notre faculté d’être au monde est guidée par notre capacité d’adaptation et de recomposition du réel. En d’autres termes, nous acquérons les attributs dû au rang de créateur lorsque nous mettons au monde un autre nous, qui n’est pas tout à fait nous, parce que sortit de notre épure sentimentale.
La création en plus de rendre l’homme maître de l’univers lui confère une qualité propre à tous les dieux, la joie de donner et d’aimer. Les média / mass-média imposent une suprématie à l’industrie du disque (évolution technologique), et la machine, elle impose sa dictature au comportement du créateur de musique (sur ses idées, son imagination, son matériau sonore, son langage, …) Le compositeur est-il libre de composer ? Sachons que le travail industriel mécanisé aliène l’homme parce qu’il l’asservit au rythme même de la machine. La création musicale en elle-même est un acte de libération du compositeur qui est enclin à une œuvre sanctifié de toutes perversions du marché et de l’homme. Mais pouvons-nous maitriser l’action de la machine dans l’acte de la création musicale ? Sachons donc raison gardée en travaillant à un équitable équilibre entre la création-production et la diffusion des œuvres musicales.




