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No.35
fevrier 2010

Desins de presse et BD:
Le crayon pour dire la société ivoirienne

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On oublie souvent de mentionner qu’il y a une vieille tradition de caricaturistes et de bande dessinée en Côte d’Ivoire. Chaque journal local a son caricaturiste qui d’un coup de crayon chaque jour résume l’actualité sociale, politique, culturelle,  etc. Souvent sous l’angle de l’humour, parfois de manière brute sans arrière-pensée.

C’est un flic pas comme les autres. Malgré son grade de sergent-chef, il est véreux, sans scrupule aucune conscience professionnelle. Sa tenue de flic n’est qu’une façade et un moyen pour se livrer à son ? vrai métier ? le racket.  Sauf que son prix est dérisoire :200 Fcfa. :Tout le monde est la cible de ce policier ripoux. Conducteur, badauds, taxis, ambulance, mendiants etc. Et malgré cette course frénétique à l’enrichissement illicite il est toujours confronté à des fins de mois difficiles et est sujet aux soucis d’argent. Mieux, le Sergent  Deux Togo (deux cent francs en langage de rue abidjanais) est capable de cocher à la case ? cause du décès des parents ? lors d’une visite médicale : ? étaient une gêne pour le racket ?, juste pour être sûr d’empocher ses sacro-saints 200 Fcfa. Ainsi, va la bande dessinée ou plutôt la caricature dans Gbich un journal satirique ivoirien crée en 1999.
 
C’est dire si la caricature  sur les bords de la lagune ébrié se porte bien.  De fait, on le dit pas assez, mais il y a une longue tradition de caricaturistes et de bande dessinée en Côte d’Ivoire.  Dans les années 70 et 80  du temps d’ivoire dimanche, les ivoiriens se délectaient des aventures de Zézé, un personnage complètement en déphasage avec la vie citadine dont l’onomatopée favorite était ? Ziké ! ? un peu comme le ? m’enfin ? de Gaston la gaffe ? de Franquin. A côté de ses planches, il y a eu de tout temps le dessin de presse dans le quotidien pro-gouvernemental Fraternité-Matin. Avec des noms comme Jess aby, Gbaguidi,  Zohoré Lassane, Pépé Stanislas etc,
A cette époque,  les coups de crayons n’étaient pas forcement rageurs. Ils visaient uniquement à faire sourire le lecteur. D’ailleurs, l’intitulé de la rubrique était ? sourire du jour ?. Le but était de croquer les  situations insolites de la société ivoirienne d’alors.
 
Et puis, dans les années 1990, avec le printemps de la presse et la multiplicité des titres de nouveaux caricaturistes  et bédéistes sont arrivés. Ainsi , dans le défunt journal Nouvel Horizon on pouvait lire chaque semaine Bolkoch. Une satire politique dont le but était de traiter sous l’angle de l’humour la gabegie et la corruption des politiciens. Un humour très grinçant !  On peut aussi souligner la rubrique ? signé Pépé ? dans le regretté ivoir’soir qui de temps à autres tournait en dérision les prises de position des hommes politiques.
Ce n’est qu’en 1999, avec la création de Gbich que la caricature ivoirienne prend vraiment son envol. Désormais, tous les thèmes y sont traités : L’enfance,(Papou) la politique(Le président), l’amour (Jo Bleck),  la corruption (Sergent-Deux Togo, Cauphy Gombo)  etc.
 
Cependant, il est à noter que la BD ivoirienne bien que très prisée au niveau local, est encore inconnu en Europe. Exception faite de Aya de Youpougon de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie une production qui raconte l’Afrique insouciante, sans la famine et les guerres à travers le parcours d’une jeune fille.  La raison de ce difficile essor ? la difficulté à trouver des maisons d’édition pour la publication des ?uvres . Il faut tout de même signaler que des efforts sont faits dans ce sens par l’organisation de festivals de dessins de presse et de la bande dessinée comme ce fut le cas en novembre 2001 avec les ? Coco Bulles ?  à Grand Bassam.
Au total, le moins que l’on puisse dire, c’est que la caricature et le BD ivoirienne n’est pas le fait d’une génération spontanée.  Même si elles arrivent à percer sur le continent européens.