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No.34
janvier 2010

Intelligence culturelle
Wade, l’audacieux

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Le Sénégal est un petit pays africain qui croule sous le poids de la pauvreté, de la dette, et dont les priorités semblent si évidentes. Pourtant, son Président Me Abdoulaye Wade a entrepris contre toute attente, la construction d’un gigantesque monument qui fait depuis polémique. Retour sur un projet culturel majeur qui va faire date dans l’histoire de l’Afrique.

A 84 ans, Me Wade n’a rien perdu de sa superbe lui qui a habitué son peuple à ses sorties fracassantes. En guise d’exemple, il dissout le Sénat et le Conseil économique et social dès sa prise de pouvoir en avril 2000 pour leur « inutilité », avant de redonner vie à ces deux institutions 7 ans plus tard en se réservant le choix des 65 membres du Sénat ! En 2001, il fait établir une nouvelle constituion en ramenant le mandat présidentiel de 7 à 5 ans puis, en 2008 il décide que ce même mandat soit ramené à 7 ans ! Bref, depuis son arrivée au pouvoir, Wade a plusieurs fois modifié la constitution sans aucune consultation ni validation des chambre parlementaires, etc. Et pris des décisions qui en ont surpris plus d’un…

Rennaissance africaine
Pour autant, on ne peut nier au Président Wade qu’il a de la suite dans les idées. Le tourisme est, au Sénégal, la deuxième source de devises après la pêche. Il représente actuellement un chiffre d’affaires de 300 milliards de francs cfa (environ 459 millions d’euros) et dans ertaines localités il constitue le premier pourvoyeur de revenus. Certes, le pays dispose d’énormes atouts sur le marché régional et international, mais son industrie touristique connaît des difficultés et il faut désormais faire face à la concurrence de nouvelles destinations telles que la Mauritanie et les îles du Cap-Vert. L’îles de Gorée, qui concentre jusqu’à présent la commémoration de la traite négrière a rapidement conduit au développement d’un tourisme de mémoire, véritable fer de lance du secteur. Personne (ou presque) ne se rend à Dakar pour la première fois sans sacrifier à l’excursion dans ce lieu chargé d’histoire, y compris de nombreuses personnalités qui ont aussi fait le voyage. En Europe et aux Etats-Unis, de nombreuses agences proposent aux touristes ce détours dans l’histoire des Noirs, dont certains comme les africains-américains y vont pour se recueillir sur la terre de leurs ancêtres et méditer sur leur destin tragique. Mais les retombées d’un tel engouement profitent-ils aux seuls Africains ?

Et si Wade avait raison ?
Le « Monument de la Rennaissance africaine » est une imposante structure en bronze présentant trois personnages — un couple et son enfant — dressés vers le ciel. « Une Afrique sortant des entrailles de la terre, quittant l’obscurantisme pour aller vers la lumière ». L’œuvre que propose ici Me Abdoulaye Wade est remplie de symboles : d’abord, il s’agit d’adresser un message clair au Africains qui sont invités à se lever et à jaillir de l’ombre dans laquelle ils sommeillent depuis longtemps. Elle prône par la même occasion les valeurs de la famille (propres aux africains), donc de l’unité et de la cohésion sociale qui doivent nécessairement conduire au dévloppement. Ensuite, ce monument qui est en construction à Ouakam, une commune d’arrondissement de Dakar, permettra de déplacer le centre d’intérêt thématique et géographique du tourisme sénégalais. En effet, Gorée étant le symbole de tant de souffrances, elle devra désormais céder le pas à un autre pôle d’attraction plus valorisante et plus empreinte d’espérance. En d’autres termes, l’Afrique en a marre d’être constamment regardée à travers le pan de son histoire le plus dramatique. Il est désormais temps de passer à autre chose. Enfin, cet investissment ne sera pas comme on a pu l’entendre un fonds perdu puisqu’il «  va générer beaucoup d’argent » , aux dires de son initiateur, qui permettra d’aider essentiellement l’enfance africaine.

Me Wade a par ailleurs clairement indiqué que 35% des retombées financières lui reviendront en sa qualité d’auteur du monument, et 65% à l’Etat Sénégalais. Qu’importe, tant que l’argent du contribuable n’est pas détourné à d’autres fins, hors du continent.
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