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No.25
avril 2009

Marie-Célie Agnant
Une Haitienne-Canadienne à Stockholm

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La bibliothèque Internationale et l’Université de Stockholm accueillent Marie-Célie Agnant en marge de la célébration de la Francophonie parrainée par l’Ambassade du Canada.

Haiti, la première République noire du monde qui obtint son indépendance le 1Janvier 1804, n’est pas seulement un pays qui a subi des coups durs au plan socio-politique et en catastrophes naturelles et humaines au point que sa voix affaiblie est tombée en sourdine. C’est la terre d’origine de Marie-Célie Agnant qui est née dans sa capitale, à Port-au Prince. Mais elle vit depuis plusieurs années au Canada. Actuellement, Marie Célie est en séjour à Stockholm (Suède) où elle donne une série de conférences sur ses oeuvres littéraires à la Bibliothèque Internationale et à l’Université.
Marie-Célie Agnant est là, devant nous, le front haut, l’oeil intelligent, le sourire éclatant et doux, de belles mains aux longs doigts portant des bagues d’argent, toute de mauve vêtue aujourd’hui à la Bibliothèque, demain de blanc dans l’Aula Magna de l’Université; elle porte des très longues nattes qui lui donnent tour à tour un air de prophétesse, de poétesse, de professeur dans le vent; avec ses lunettes, elle a l’air d’une dirigeante d’entreprise, d’une femme de son temps aussi; avec sa voix, elle se métamorphose en un tribun politique. Peut-être est cette charmante polyglotte (elle parle espagnol, anglais, créole entre autres) le tout à la fois?

Ce qui est sûr et certain, c’est que’elle est écrivaine; elle a « dû négocier cet espace féminin » dans un monde où l’écriture fut du temps de ses débuts, le territoire exclusif des hommes; auteur de plusieurs livres et poèmes, elle est à ce titre l’invitée dans la capitale suédoise. A sa droite, deux musiciens, Roger Chatelain avec sa guitarre classique, et Emilio Bodadilla, dissimulée derrière une harpe géante . Après que l’attachée culturelle du Canada, Patricia Low-Bédard, a fini de présenter les invités, ce beau tableau de nature morte se réveille: la voix de Marie–Célie se fait entendre.
J’ai dit « conférence »: pardon. D’emblée, Marie- Célie dit ne pas aimer ce mot. Elle le soupconne d’avoir une connotation prétentieuse. Car explique-t-elle, « l’écrivain écrit dans le doute. Il ignore comment le texte va être recu. Je lui préfère le mot “échange” qui m’a l’air plus juste ». Sa passion livresque est née presqu’au berceau. Déjà à l’âge de 11 ans, elle lisait des livres pour adultes, qu’elle empruntait dans la bibliothèque de ses parents. Grâce à ces curiosités livresques précoces, des fenêtres s’ouvraient pour elle et elle y contemplait et découvrait le monde. Elle a une « écriture métisse » qui parle de ses racines haitiennes et du Canada, son pays d’adoption. Cependant, ses modèles littéraires sont les classiques francais. Son itinéraire commence par la poésie. Ce n’est que par la suite que notre poétesse se lance dans l’écriture des romans et nouvelles, des livres de jeunesse; sa plume traduit les problèmes de l’immigré, son déracinement, la nostalgie de son pays. Après plusieurs années d’exil, celle-ci, de retour dans son pays, constate: « Les pays ont une âme, c’est pour cela qu’Haiti est resté si beau. » Si elle écrit, dit-elle, ce n’est pas seulement parce que l’écriture est de la musique, mais aussi, c’est pour briser le silence, c’est pour apprendre à parler ». Peut-être est-ce pour faire entendre la voix de Haiti qui semble s’être figée dans une suite de détresses politiques que l’on lui a connue, où se confondent silence et fatalité.
Cette présentation, notre auteure l’a voulue sous la forme d’un slam.

Notre vedette de la soirée marque une pause et d’une main élégante, cède son verbe à la musique de Emilio Bodadilla, et Roger Chatelain qui chante d’une voix mélodieuse une chanson créole haitienne rythmée qui émeut à vue d’oeil sa compatriote et nous avec.
Marie-Célie n’est pas seulement une plume, mais elle est aussi une voix : une belle voix, pour lire deux poèmes : l’un dédié à son frère disparu lors des évenements tragiques qui ont été à l’origine de son exil ; l’autre poème est dédié à son père, tout cela, au rythme d’une mélodie à fondre toute glace.
Une belle voix de conteuse : Marie-Célie nous a gratifiés de « La Légende du Poisson Amoureux » contée à la facon caraibéene , en musique ; un conte qui n’est pas seulement pour les enfants de « 8ans et plus », mais aussi pour les enfants que nous n’avons jamais cessé d’être. Les yeux grands-ouverts, nous répondions des « Crac » tonitruants, à ses « Cric », et elle enchaînait, et nous, salle comble et comblée, enthousiamés, charmés , émerveillés , elle nous a offert en partage une soirée merveilleuse en Haiti. Quel beau partage !
Avec de tels mots et du rythme comme cela, la célébration de la Francophonie est bien partie pour faire découvrir et apprécier la belle langue de Rabelais.

Bibliographie.
-« La Légende du poisson amoureux » ; Marie-Célie Agnant. ( Ed. Mémoire d’Encrier .Ocktobre 2003)
- Alexis, Fils de Raphael » ; Marie-Célie Agnant. (Ed. Atout. 2006)
- Un alligator nommé Rosa » ; marie-Célie Agnant. (Ed. Remue-Ménage, 2007).
Musiciens :
Roger Chatelain, « Trio Chatelain. » http://web.telia.com/-u933050571
Emilio Bodadilla : youtube.